Ligue des champions à 36 : il faut 16 points pour entrer dans le top 8
Deux phases de ligue jouées : 16 points pour le top 8, la 24e place tranchée à un but près, et un trophée jamais parti chez un qualifié direct.


Quand l'UEFA a enterré les groupes de quatre à l'été 2024, une question revenait dans toutes les rédactions : combien de points faudra-t-il ? Un classement unique à 36 équipes, huit matchs par club (quatre à domicile, quatre à l'extérieur), des adversaires tirés dans quatre chapeaux, et aucun précédent pour calibrer quoi que ce soit. On répondait au doigt mouillé.
Deux éditions complètes sont désormais dans les livres, et la troisième a repris le 8 septembre avec des règles inchangées. Cela fait 288 matchs de phase de ligue et 72 parcours individuels à disposition. Nous avons repris les deux classements finaux ligne par ligne. Une des réponses devrait faire grincer les huit premiers.
Seize points, et pas quinze
Commençons par le seuil qui intéresse tout le monde, celui de la qualification directe. En 2024-25, Aston Villa a terminé huitième avec 16 points, soit cinq victoires, un nul, deux défaites. Neuvième : l'Atalanta, 15 points. En 2025-26, Manchester City a terminé huitième avec 16 points et le même bilan de cinq victoires et un nul. Neuvième : le Real Madrid, 15 points.
Poussons plus loin. Sur les deux exercices cumulés, sept clubs ont atteint la barre des 16 points : les sept ont fini dans les huit premiers. Sept autres ont terminé à 15 : aucun n'est passé. Quatorze cas, zéro exception. Le tarif du top 8 tient donc en une ligne, cinq victoires et un nul en huit matchs, soit 66,7 % des points disponibles.
Le plafond, lui, a été repoussé. Liverpool avait posé la meilleure marque de la première édition avec 21 points. Arsenal a fait sauter le compteur ensuite : huit victoires en huit matchs, 24 points sur 24, 23 buts marqués, 4 encaissés. La première phase de ligue parfaite du format. Gardez ce détail, il resservira.
La 24e place se joue à un but
L'autre frontière, celle qui sépare les barrages de la sortie de route, s'avère beaucoup plus mouvante. Et sur deux ans, elle a toujours été tranchée ailleurs qu'aux points. Janvier 2025 : quatre clubs terminent à 11 points, de la 22e à la 25e place. Manchester City (+4), le Sporting CP (+1), le Club Bruges (-4) et le Dinamo Zagreb (-7). Les trois premiers continuent, le quatrième rentre à la maison, sur trois buts de goal-average.
Janvier 2026 : cinq clubs terminent à 9 points, de la 23e à la 27e place. Bodø/Glimt (-1), Benfica (-2), l'Olympique de Marseille (-3), Pafos (-3) et l'Union Saint-Gilloise (-9). Benfica passe, Marseille sort. Un but d'écart, après 720 minutes de jeu européen.
Le prix du ticket, lui, a fondu : 11 points pour la 24e place en 2024-25, 9 points en 2025-26. Les 11 points qui ont éliminé le Dinamo Zagreb auraient valu la 17e ou la 18e place l'année suivante. Les 9 points qui ont sauvé Benfica auraient fini 27e la saison précédente, hors du tableau. Même bilan comptable, deux destins opposés, douze mois d'intervalle.
Le goal-average est devenu l'arbitre du classement
Voilà l'enseignement central du format, et il est arithmétique avant d'être sportif : huit matchs à trois points la victoire ouvrent une échelle de 0 à 24, où 36 équipes doivent se ranger. En 2024-25, quinze totaux différents seulement ont été occupés, et 30 clubs sur 36 ont fini à égalité de points avec au moins un concurrent. En 2025-26, dix-sept totaux et 28 clubs concernés. Sur les deux saisons, 58 des 72 participants, soit 81 %, ont eu besoin d'un critère de départage pour connaître leur place. Huit fois sur dix, un club a donc vu son sort européen réglé par autre chose que la colonne des points.
Ce critère, c'est la différence de buts, appliquée avant les buts marqués, les buts à l'extérieur et les victoires (règlement de la compétition, critères de classement de la phase de ligue). En 2024-25, l'Atalanta a raté le top 8 avec +14, quand Aston Villa y entrait avec +7. En 2025-26, le Real Madrid l'a raté avec +9, quand Manchester City passait avec +6. Deux ans de suite, le neuvième affichait un meilleur goal-average que le huitième : le point manquant a pesé plus lourd que sept buts d'avance.
La compression du milieu de tableau finit de tout expliquer. En 2024-25, les seize clubs classés de la 9e à la 24e place tenaient dans quatre points (de 15 à 11). En 2025-26, dans six points (de 15 à 9). La moitié du plateau entassée dans l'équivalent de deux victoires. Un championnat national étale ce peloton sur trente-huit journées, une dilution que nous avions mesurée en reconstruisant les classements des promus et de leur taux de survie en première division. Sur huit matchs, elle n'opère pas.
Dernier chiffre. En recomptant les colonnes victoires-nuls-défaites des deux classements, on obtient 43 matchs nuls sur 288, soit 14,9 %. La répartition invite à la prudence sur les causes : 18 nuls la première saison, 25 la seconde, à format identique. Reste que sur huit journées, les points s'empilent par paquets de trois, d'où ces totaux jumeaux en pagaille. Et comme la moitié du parcours se joue loin de ses bases, l'avantage du terrain devient un paramètre de calendrier.
Les deux vainqueurs sont venus des barrages
Le résultat le plus dérangeant des deux campagnes mérite d'être posé net. Le Paris Saint-Germain a fini 15e de la phase de ligue 2024-25, sauvé sur la dernière journée, avant d'aller chercher le titre en écrasant l'Inter 5-0 en finale à Munich. La saison suivante, le club a terminé 11e. Il a gagné de nouveau, contre Arsenal le 30 mai 2026 à Budapest (1-1 après prolongation, 4-3 aux tirs au but), rejoignant le Real Madrid comme seul club à avoir conservé son trophée depuis la création de la Ligue des champions (UEFA.com).
Deux éditions, deux sacres, zéro passage par la qualification directe. Les huit premiers ont tout de même fourni cinq des huit demi-finalistes du format (Barcelone, Arsenal et l'Inter en 2025, Arsenal et le Bayern en 2026), les trois autres venant du tiroir des barrages : le PSG à deux reprises et l'Atlético de Madrid en 2026. Le rendement du top 8 existe donc bel et bien. Il s'arrête aux portes du dernier match.
Le cas Arsenal referme la démonstration. Huit victoires en huit matchs, favori du supercalculateur Opta au sortir de la phase de ligue (The Analyst, Opta), et une finale perdue au bout d'une séance de tirs au but. La phase de ligue mesure une forme d'automne et d'hiver sur huit adversaires imposés. Le printemps se rejoue sur cent quatre-vingts minutes à élimination directe.
La prime du top 8 se compte pourtant en matchs, et c'est là que le format se retourne contre lui-même. Un qualifié direct dispute 15 rencontres pour soulever la coupe ; un club passé par les barrages en dispute 17. Le PSG a payé ce supplément deux fois et l'a encaissé deux fois.
Le dernier soir, presque tout le monde joue encore
L'UEFA avait vendu son format sur une promesse simple : plus rien de figé avant la huitième journée. Le 28 janvier 2026, à quelques heures du coup d'envoi, deux clubs (Arsenal et le Bayern) étaient assurés d'une place dans les huit premiers et quatre étaient éliminés pour de bon : l'Eintracht Francfort, le Slavia Prague, Villarreal et le Kairat Almaty. Restaient 30 équipes sur 36 dont le sort dépendait encore de 90 minutes (CBS Sports, 28 janvier 2026).
Le dispositif y aide : les 18 matchs de la dernière journée démarrent à la même heure, ce qui rend impossible tout arrangement de fin de soirée. Les anciennes poules, elles, pouvaient être pliées à deux journées de la fin.
Le revers de la médaille
Un calcul refroidit l'enthousiasme des soirées de janvier. L'ancienne formule produisait 125 matchs par saison : 96 en groupes, 29 en phase finale. La nouvelle en produit 189, barrages compris. Soit 64 rencontres de plus, une inflation de 51 %. Le suspense a gagné en densité, le calendrier des joueurs aussi. On connaît le coût de l'accumulation de matchs à haute intensité sur les organismes, et la raison pour laquelle les staffs consacrent une part croissante de leur semaine à la récupération musculaire.
Alors, verdict ? Le format à 36 n'a pas rendu la Ligue des champions plus lisible, il l'a rendue plus serrée. Seize points ouvrent la porte des huitièmes, un but suffit à fermer celle des barrages, et le trophée est parti deux fois de suite chez un club que la phase de ligue avait renvoyé au-delà de la dixième place. Pour une compétition, il existe un scénario nettement plus inquiétant : celui où l'on saurait dès décembre qui va la gagner.
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