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L'expérimentation de l'arbitrage vidéo a commencé en mars 2016. Dix ans plus tard, la VAR équipe la quasi-totalité des grands championnats et le débat public n'a pas avancé d'un mètre, parce qu'il se nourrit d'anecdotes : un but volé ici, un penalty imaginaire là. Les données existent, pourtant. Les instances en publient, des chercheurs qui ne travaillent pas pour elles en publient d'autres, et l'ensemble répond à deux questions précises : combien d'erreurs la vidéo efface, et ce qu'elle facture en échange.

Le compteur des instances : 92,1 % avant, 98,3 % après

Le chiffre de référence vient de Spitz, Wagemans, Memmert, Williams et Helsen (Journal of Sports Sciences, 2021), qui ont suivi 2 195 matchs officiels dans 13 pays. Les arbitres vidéo y ont lancé 9 732 contrôles, soit 4,4 par rencontre, pour une durée médiane de 22 secondes. Sur ce volume, 795 ont débouché sur une révision, dont 534 devant l'écran de bord de touche. La justesse des décisions passe de 92,1 % à 98,3 %.

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Six points de mieux, dit-on partout. Le calcul qui compte porte sur le stock d'erreurs : 7,9 % des décisions étaient fausses, il en reste 1,7 %. La vidéo en supprime donc 78,5 %, et la dernière sur cinq lui résiste. Deuxième enseignement du même jeu de données : 8 contrôles sur 100 mènent à une révision, soit 0,36 révision par match, une toutes les trois rencontres environ. Le reste du temps, la salle vidéo regarde et se tait.

L'analyse présentée à l'IFAB en mars 2018 par la même équipe, sur 972 matchs de plus de vingt fédérations, donnait 93 % avant, 98,8 % après. Ce n'est pas une réplication indépendante : ces 972 rencontres sont un sous-ensemble du corpus dont sortent les 2 195, collecté sur la même plateforme, et les deux travaux ont été financés par l'IFAB. Une réserve, qui n'est pas mince : l'équipe qui mesure a été mandatée par ceux qui déploient. Personne, dans le football, ne tient de compteur indépendant de la justesse arbitrale à grande échelle.

Le contre-test anglais tombe sur le même nombre

La Premier League fait juger ses décisions par un panel dit des incidents clés, cinq membres dont trois anciens joueurs ou entraîneurs. Verdict de la saison 2024-2025 : 86 % des décisions prises sur le terrain étaient correctes avant toute intervention, 97 % après passage de la vidéo.

Posez la même soustraction que plus haut. Les erreurs tombent de 14 % à 3 %, soit 78,6 % du stock supprimé. Un panel anglais et une étude universitaire portant sur treize pays, séparés par plusieurs saisons et par des méthodes sans rapport, atterrissent au même endroit. C'est le résultat le plus solide du dossier et le plus mal connu : la vidéo efface quatre erreurs sur cinq, jamais la cinquième.

Le détail anglais confirme le plafond. Sur 380 rencontres, ESPN a recensé 109 interventions de la vidéo sur la saison, une tous les 3,5 matchs, et 18 erreurs commises par la VAR elle-même, contre 31 la saison précédente. Treize de ces dix-huit sont des interventions manquées : la salle a regardé et n'a rien fait. Les arbitres de terrain, eux, ont laissé passer 28 erreurs contre 33 un an plus tôt. Là encore, le juge appartient à la maison : ce panel compte un représentant de la ligue et un représentant du corps arbitral.

La facture se compte en secondes

Le coût, lui, est mesuré. La Premier League annonce 39 secondes de délai vidéo par match en 2024-2025, contre 64 la saison précédente : le hors-jeu semi-automatique, introduit en cours de saison le 12 avril 2025, a économisé à lui seul 27 secondes par situation litigieuse sur les sept dernières journées. L'étude conduite pour l'IFAB chiffrait de son côté à 55 secondes le temps de jeu perdu par révision. Les durées médianes de Spitz et ses collègues complètent le tableau : 15 secondes pour une décision tranchée en salle, 62 secondes quand l'arbitre va voir l'écran lui-même.

Le rapport intéressant naît du croisement des deux séries anglaises. Trente-neuf secondes sur 380 matchs font 4 heures et 7 minutes de jeu arrêté en une saison, pour 109 décisions renversées. Chaque correction coûte donc environ 2 minutes et 16 secondes d'attente collective, célébrations suspendues comprises. À chacun de dire si un penalty rétabli les vaut.

Le temps de jeu réel, lui, ne suit pas la logique attendue. Errekagorri, Castellano, Echeazarra et Lago-Peñas (International Journal of Performance Analysis in Sport, 2020) ont passé au crible 375 des 380 matchs de LaLiga 2018-2019 : la durée totale grimpe avec le nombre d'interventions (95,1 minutes sans, 96,0 avec une, 99,1 avec deux ou trois) tandis que le temps de jeu effectif recule. Le match s'allonge et le ballon circule moins, ce que les nouvelles règles de gestion du chronomètre tentent depuis de corriger.

Penaltys et cartons : les effets mesurés ne concordent pas

Sur les conséquences de jeu, le consensus se fissure. Le travail le plus propre sur le plan de la méthode est celui de Johansen et ses collègues (Frontiers in Psychology, 2026) : 1 864 observations de matchs, la Premier League comparée au Championship resté sans vidéo. Résultat : +0,37 carton jaune, +0,07 rouge et +0,07 penalty par match. Les auteurs s'arrêtent à l'écart entre les deux championnats et refusent d'en tirer un effet causal ; ils tiennent même le résultat sur les jaunes pour exploratoire. En brut, la moyenne anglaise de jaunes passe de 3,21 à 4,20 par rencontre entre 2018-2019 et 2023-2024. Le Championship, sans vidéo, passe dans le même temps de 3,44 à 4,06 : la dérive dépasse largement le protocole.

L'Euro raconte l'inverse. Bao, Gómez Ruano, Shi, Wang et Han (BMC Sports Science, Medicine and Rehabilitation, 2025) ont comparé les 51 matchs de l'édition 2016, sans vidéo, aux 51 de la suivante : les jaunes chutent de 3,98 à 2,96 par match, les buts montent de 2,12 à 2,78, et penaltys, rouges et hors-jeu ne bougent pas de façon significative. Même protocole sur le papier, deux directions opposées.

Les deux résultats se laissent réconcilier. La vidéo établit des faits, position d'un pied, contact, chronologie, elle ne fixe pas le seuil à partir duquel un contact devient une faute. Ce seuil reste national, il bouge d'une saison à l'autre, et il explique l'essentiel des écarts. C'est cette part d'interprétation que la recherche traque aussi quand elle mesure le biais arbitral à domicile, sujet que nous avons traité à part dans notre bilan de l'avantage du terrain. Quant au point de penalty, sa mécanique de conversion obéit à d'autres lois, détaillées dans notre analyse chiffrée du duel tireur-gardien.

La Suède a dit non, la Norvège a failli

Deux pays ont pris le débat au sérieux au point de le mettre aux voix. En avril 2024, la Suède devient le premier des trente premiers championnats européens à refuser d'introduire la vidéo : 18 des 32 clubs professionnels et deux districts se prononcent contre, et le président de la fédération, Fredrik Reinfeldt, renonce à porter le sujet devant l'assemblée. Le pays a une particularité qui explique beaucoup : ses clubs doivent laisser 51 % au moins des droits de vote à leurs membres. Les tribunes votent.

La Norvège est allée plus loin. Introduite en 2023, la vidéo y a déclenché des protestations dont le football se souviendra : un Rosenborg-Lillestrøm définitivement arrêté en juillet 2024 sous une pluie de galettes de poisson, des balles de tennis et des viennoiseries jetées sur la pelouse ailleurs. En janvier 2025, 19 des 32 clubs des deux premières divisions votent sa suppression. La fédération résiste, et l'assemblée annuelle tranche en sens inverse : 321 voix pour le maintien, 129 contre.

Le motif de ces deux votes mérite d'être noté : les clubs suédois et norvégiens ont voté sur une facture, celle des minutes d'attente et des buts célébrés à retardement. Le taux de justesse, lui, n'a été contesté par personne.

Le verdict tient en trois nombres

La vidéo efface près de quatre erreurs sur cinq. Elle rend, en Premier League, une correction toutes les 3,5 rencontres. Elle facture une quarantaine de secondes de jeu arrêté par match, soit un peu plus de quatre heures d'attente sur une saison de Premier League. Chacun placera le curseur où il veut, mais il le placera désormais sur des chiffres.

Une chose est acquise : le protocole a déplacé le débat sans le clore, comme l'arsenal technologique du Mondial 2026 l'a fait sur le hors-jeu. Le désaccord a simplement changé de terrain, du champ de vision de l'arbitre vers son seuil d'interprétation. Ce qui reste sur la pelouse, du stade de Premier League au dimanche matin où le seul recours est la bonne foi et un peu de matériel de football, c'est un homme, un sifflet et une tolérance personnelle au contact. La vidéo n'a jamais prétendu arbitrer : elle a retiré aux arbitres l'excuse de ne pas avoir vu.

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