France-Paraguay : pourquoi l’arbitre n’a pas sanctionné davantage
Un penalty arraché au VAR, 29 tacles appuyés pour zéro carton paraguayen, un gardien qui jette le ballon dans le dos de Mbappé, puis une sénatrice qui dérape : retour sur le huitième de finale le plus toxique de ce Mondial 2026, et sur les vraies raisons du laxisme de M. Tantashev.


Sur le papier, la France a fait le travail : victoire 1-0, qualification pour les quarts de finale, et un Kylian Mbappé porté à 19 buts en Coupe du monde. Sur le terrain, ce Paraguay-France disputé samedi soir au Lincoln Financial Field de Philadelphie, par une chaleur d'environ 32 °C, a laissé un goût amer à peu près à tout le monde. En cause : un plan paraguayen assumé, fait de duels rugueux et de temps morts, et surtout un arbitre, l'Ouzbek Ilgiz Tantashev, qui a regardé la rencontre s'envenimer sans presque jamais sortir ses cartons.
Un match verrouillé, un penalty arraché au VAR
Le scénario tient en quelques chiffres. Face au 5-4-1 ultra-défensif de Gustavo Alfaro, les Bleus ont eu 76 % de possession, 5 tirs cadrés contre 1, et un total d'occasions sans commune mesure avec celui de leur adversaire (1,45 xG contre 0,13 selon ESPN). Mais il a fallu attendre la 70e minute pour faire sauter le verrou : Désiré Doué, entré en jeu quelques minutes plus tôt, est fauché dans la surface par Diego Gómez. M. Tantashev juge d'abord que le Français a plongé. Il faut l'intervention du VAR, et un passage par l'écran, pour que le penalty soit enfin accordé. Mbappé le transforme d'un contre-pied sec : son 19e but en Coupe du monde, le 7e dans ce Mondial, à une longueur du total historique de Lionel Messi.
La fin de match a résumé l'ambiance. Au coup de sifflet final, le gardien paraguayen Orlando Gill tend la main à Mbappé, qui l'ignore. Vexé, Gill lui jette le ballon dans le dos, déclenchant une échauffourée générale entre joueurs et membres des staffs. « Je lui ai tendu la main pour le féliciter, mais il m'a ignoré », expliquera le portier, auteur par ailleurs de deux parades exceptionnelles devant Mbappé dans le temps additionnel.
Les chiffres d'un arbitrage introuvable
Une soirée en trois actes
Une faute d'abord jugée comme une simulation, un penalty accordé sur écran à la 70e minute, une échauffourée au coup de sifflet final : le fil de la soirée raconte à lui seul un match sous tension permanente.
29 tacles, 13 fautes, 0 carton
Les Paraguayens sont crédités de 29 interventions rugueuses, pour seulement 13 fautes sifflées et aucun avertissement : leur premier match sans carton en Coupe du monde depuis 1998. En face, les Bleus ont reçu 3 cartons jaunes.
Le paradoxe est là : l'équipe qui a subi les coups est la seule sanctionnée. Parmi les avertis français, le cas de Michael Olise est le plus contesté : les images montrent qu'il ne touche pas Matías Galarza lors de leur altercation, et la FFF a officiellement demandé à la FIFA l'annulation de son carton, les trois avertis français risquant une suspension en cas de nouvelle biscotte.
Pourquoi si peu de sanctions ?
Alors, pourquoi M. Tantashev n'a-t-il pas sanctionné davantage ? La première explication tient à son profil. À 42 ans, l'Ouzbek disputait sa première Coupe du monde avec une réputation établie d'arbitre qui « laisse jouer », déjà éprouvée par les Bleus lors du bouillant quart de finale olympique France-Argentine aux JO de Paris 2024. Cette philosophie, défendable quand elle fluidifie un match, devient un piège quand un adversaire en fait une stratégie : plus l'arbitre tolère, plus les tacles s'enhardissent. C'est exactement l'engrenage décrit par l'ancien arbitre international Bruno Derrien : « On ne peut pas trop laisser jouer quand on sent que le climat devient délétère sur le terrain. Il faut sanctionner. »
La deuxième explication est structurelle : le VAR ne pouvait pas grand-chose. Le protocole ne permet d'intervenir que sur les situations décisives (buts, penaltys, rouges directs, identité). Tout le reste, l'accumulation de semelles, les poussettes, les gains de temps, relève du seul arbitre de champ. Quand celui-ci choisit de ne pas siffler, aucune technologie ne le remplace. Ce match restera d'ailleurs comme un cas d'école : la seule décision majeure corrigée, le penalty, est précisément la seule où le VAR avait le droit d'agir.
Reste la troisième hypothèse, celle du simple naufrage individuel. C'est la lecture de la presse française : L'Équipe a attribué à M. Tantashev un 1/10, sa pire note du Mondial et l'une des trois seules de ce niveau en dix ans, dénonçant une « incompétence absolue » dans un « festival d'agressions non sanctionnées ». Les consultants étrangers n'ont pas été plus tendres : « une blague absolue », a lâché Roy Keane sur Sky Sports, quand Joe Hart parlait d'un arbitrage « choquant et honteux » et que Zlatan Ibrahimovic ironisait : « j'aurais pris quatre cartons rouges dans ce match ». Sur le terrain, Bradley Barcola résumait : « Je n'avais jamais joué un match avec autant de coups, de coups en traître, de poussettes dans le dos... C'était difficile, mais on a gagné. »
Notons, par honnêteté, que la lecture n'est pas la même de l'autre côté de l'Atlantique : la presse paraguayenne a défendu une prestation « correcte, sereine et adéquate », qui aurait « permis au jeu de couler ». Et le sélectionneur Gustavo Alfaro n'a contesté qu'une seule décision, la plus importante : « C'est un penalty de VAR », a-t-il répété, persuadé que la jambe de son joueur était posée avant le contact. La FIFA, elle, a tranché sans le dire : selon plusieurs médias, M. Tantashev ne sera plus désigné sur ce Mondial. Aucune sanction officielle, aucune communication, juste une feuille de désignations où son nom n'apparaîtra plus.
L'après-match qui dérape : l'affaire Amarilla
Le feuilleton aurait pu s'arrêter là. C'était sans compter sur Celeste Amarilla, sénatrice paraguayenne d'opposition, qui a publié dans la nuit suivant l'élimination une série de messages ouvertement racistes visant Mbappé, qualifié entre autres de « Camerounais colonisé » et abreuvé d'injures dégradantes que nous ne reproduirons pas toutes ici. Le prétexte invoqué : la poignée de main refusée à Orlando Gill.
La réponse du capitaine des Bleus est arrivée lundi, cinglante : « Madame Celeste Amarilla, vous êtes une femme méprisable et indigne de sa fonction. » Mbappé a pris soin de dissocier la sénatrice de son pays, saluant « ce pays qui a transpiré la passion et l'honneur tout au long de la compétition », avant de conclure : « Je ne laisserai jamais aux gens comme elle la liberté de laisser propager leur haine et leur racisme à travers le monde. » Une réponse à la sénatrice Amarilla saluée jusqu'au sommet de l'État paraguayen, dont le président a personnellement écrit à Emmanuel Macron pour condamner ces propos.
Soutiens unanimes et récupération façon memes
En France, le soutien a été immédiat et transpartisan : Emmanuel Macron a apporté son soutien public au capitaine des Bleus, la ministre des Sports Marina Ferrari a dénoncé des propos « abjects, indignes et surtout inacceptables venant d'une personnalité politique », et la FFF de Philippe Diallo a signalé au parquet ces messages jugés « vils, criminels et répréhensibles ». Même le gouvernement paraguayen s'est désolidarisé, parlant d'une « responsabilité individuelle » contraire aux valeurs du pays.
Et comme souvent avec Mbappé, internet a transformé la séquence en matière première comique. La polémique s'est greffée sur un Mondial déjà très « mémifié » autour du numéro 10 : depuis le début du tournoi, la communauté TikTok et X s'amuse du personnage de « Mbappé le Dictateur », surnom moqueur né en 2022 autour de son influence supposée dans le football français, recyclé à chaque célébration. Banderole générée par IA le montrant en uniforme de général lors de France-Sénégal, parodies de discours du « Maréchal Mbappé », salut militaire mi-sérieux mi-clin d'œil après son doublé contre la Suède : le vestiaire lui-même a validé la blague, Ousmane Dembélé lançant un « Appelle-moi Mobut' » hilare dans une vidéo officielle de la FFF. Les punchlines des consultants sur l'arbitrage, du « fiasco » de Keane aux « quatre rouges » de Zlatan, ont fait le reste, inondant les réseaux de détournements où M. Tantashev cherche ses cartons comme on cherche ses clés.
Il faudra pourtant vite tourner la page : jeudi soir (22h00, heure de Paris), la France retrouve le Maroc en quart de finale à Boston, dans un remake de la demi-finale de 2022. Un match qui mérite mieux que les polémiques, et qu'on décortique dès maintenant sur DrClutch.
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