Le tanking : perdre exprès, ça rapporte vraiment ?
14,0 % de chances au n°1, 3,66 de choix moyen, 5,4 % dès 2027 : ce que perdre exprès rapporte vraiment en NBA, calculs à l’appui.



11 heuresPublié le 20 septembre 2026 à 11:17
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En 2026, les Wizards ont gagné la loterie de la draft avec le pire bilan de la ligue, 17-65. L'événement paraît anodin. Il ne l'est pas : depuis la réforme de 2019, c'est la première fois que l'équipe la plus faible de NBA décroche le premier choix. Huit tirages, une réussite. La question du tanking se règle à la calculette avant de se régler à la morale. Perdre exprès coûte une saison entière, et ce que ça rapporte se calcule.
Ce que la loterie donne, en réalité
Le mécanisme est stable depuis 2019 : mille combinaisons réparties entre les quatorze équipes non qualifiées, quatre choix tirés au sort, le reste attribué dans l'ordre inverse des bilans. Le déroulé de la sélection est détaillé dans notre guide du processus de draft. Ce qui compte ici, c'est la répartition : les trois pires équipes touchent 14,0 % chacune, puis les chances descendent par paliers jusqu'à 0,5 % pour la quatorzième.
La réforme avait pour cible exacte l'incitation à sombrer. Avant 2019, les trois pires bilans cumulaient 60,5 % de chances de sortir le premier choix. Ils en cumulent 42,0 % aujourd'hui. Dans le même mouvement, les places 5 à 14 sont passées de 27,6 % à 45,5 %. La ligue n'a pas supprimé la récompense, elle l'a diluée vers le milieu de tableau.
Reste à traduire ces pourcentages en espérance, seule grandeur qui intéresse un dirigeant. En reconstruisant la distribution complète des mille combinaisons, le pire bilan de la ligue obtient le n°1 dans 14,0 % des cas, un choix du top 4 dans 52,1 % des cas, et ne peut jamais tomber plus bas que le cinquième rang. Son espérance de position est de 3,66. Celle de la sixième pire équipe ? 5,53. Tout l'écart entre finir bon dernier et finir sixième en partant de la fin vaut donc 1,9 place de draft en moyenne. Une saison entière sacrifiée pour deux rangs.
Le talent n'est pas rangé dans l'ordre des picks
Encore faut-il que ces deux rangs valent quelque chose. Sur les dix-sept cuvées de 2000 à 2016, assez anciennes pour que les carrières soient jugeables, le VORP cumulé en carrière raconte une histoire bien moins ordonnée que le classement des sélections. Cet indicateur mesure l'apport d'un joueur au-dessus d'un remplaçant théorique et se convertit en victoires, comme détaillé dans notre article sur BPM, VORP et Win Shares.
La médiane du premier choix s'établit à 18,2 de VORP. Celle du troisième choix à 14,1, celle du cinquième à 10,1. L'écart existe, il est réel, il est modeste. Mais le deuxième choix, lui, affiche une médiane de 2,5 : sous le troisième, sous le cinquième, sous le septième et sous le neuvième. Le rang de sélection n'est pas un classement de résultats, c'est un classement d'opinions formulées un soir de juin.
Deux constats achèvent de relativiser le gros lot. D'abord, deux des dix-sept premiers choix de la période ont terminé leur carrière avec un VORP négatif, Kwame Brown et Anthony Bennett : le n°1 n'immunise contre rien. Ensuite, LeBron James pèse à lui seul 159,4 de VORP, soit 33,2 % de tout ce que les dix-sept premiers choix ont produit. Retirez-le du calcul et la moyenne du n°1 chute de 28,2 à 20,0. Tanker pour le premier choix, c'est acheter un billet dans une loterie dont un tiers de la cagnotte a été remporté par un seul homme en vingt-cinq ans.
L'espérance de gain contre le coût réel
Croisons maintenant les deux séries. En appliquant à chaque position de draft la production moyenne observée sur 2000-2016, le pire bilan de la ligue a une espérance de 16,7 de VORP, contre 13,1 pour la sixième pire équipe. L'écart : 3,6. Basketball Reference indique qu'on convertit le VORP en victoires en le multipliant par 2,70. Ces 3,6 valent donc environ 9,7 victoires, réparties sur l'intégralité de la carrière du joueur choisi.
Face à ça, le coût. Passer de trente victoires à dix-sept, c'est en abandonner treize dans la même saison. Le calcul se pose donc ainsi : on renonce à treize victoires immédiates pour en récupérer une dizaine étalées sur dix ans, soit à peu près une par exercice. Et cette comparaison est encore généreuse, puisqu'elle ignore la billetterie d'une salle qui se vide, la réputation qui éloigne les agents libres, et les saisons de carrière brûlées par les vétérans en place, dont le marché sanctionne sans pitié le moindre trou de production, comme le montre l'évolution des contrats après 30 ans.
Faire passer une ligne de tableur avant des joueurs qui n'ont qu'une poignée d'années de haut niveau devant eux, ça se paie. Les modèles de projection l'intègrent d'ailleurs : DARKO valorise les jeunes sur leur trajectoire, pas sur le numéro inscrit à côté de leur nom le soir de la draft.
Les reconstructions, comptées en saisons
Les cas réels tranchent mieux que les moyennes. Quatre trajectoires, relevées saison par saison sur Basketball Reference.
- Detroit : cinq saisons consécutives à 23 victoires ou moins, de 2019-20 à 2023-24, dont deux pires bilans de la ligue d'affilée (17-65 puis 14-68) sans jamais gagner la loterie sur ces deux tirages. Retour en playoffs en 2024-25 (44-38), puis 60-22 en 2025-26. Le plan a fonctionné, en six ans.
- Philadelphie : le fameux Process, quatre saisons sacrifiées (19-63, 18-64, 10-72, 28-54), playoffs retrouvés en 2017-18 avec 52-30. Depuis, huit qualifications en neuf saisons, et jamais mieux qu'une demi-finale de conférence.
- Sacramento : seize saisons consécutives sans playoffs, de 2006-07 à 2021-22. Une parenthèse en 2022-23 (48-34), et un retour à 22-60 en 2025-26. L'enlisement à l'état pur.
- Oklahoma City : deux saisons basses (22-50 puis 24-58), un palier à 40-42, puis 57-25, 68-14 avec le titre 2025 et 64-18 la saison suivante.
La comparaison entre les Pistons et le Thunder est la plus instructive. Detroit a fini dernier deux fois de suite et a eu besoin de six saisons. L'équipe de l'Oklahoma a plié l'affaire en trois saisons sous les 50 % de victoires, sans jamais détenir le moindre premier choix : Shai Gilgeous-Alexander est arrivé par le transfert de Paul George en 2019, Chet Holmgren en deuxième position de la draft 2022. Les Spurs, eux, ont sorti Wembanyama depuis le troisième pire bilan. Mieux vaut être bien géré que mauvais.
Le nouveau système rend le calcul perdant
Le 28 mai 2026, le Board of Governors a approuvé la « 3-2-1 Lottery », présentée par la ligue comme un dispositif destiné à éliminer l'intérêt de privilégier son rang de draft sur la victoire. Elle vaudra pour les drafts 2027, 2028 et 2029. La loterie passe à seize équipes, et chacune reçoit trois, deux ou une balle : trois hors playoffs et hors play-in, deux pour les 9e et 10e du play-in de chaque conférence, une pour les perdants des matchs 7 contre 8.
Le détail qui change tout : les trois pires bilans sont « draft relegated » et perdent une balle. Le compte se refait de tête. Sept équipes à trois balles, les trois reléguées ramenées à deux, les quatre du play-in à deux également, et deux à une seule : 37 balles au total. Une équipe à trois balles pèse donc 3/37, soit 8,1 %, quand une équipe reléguée pèse 2/37, soit 5,4 %. Finir dernier fait perdre un tiers de ses chances au premier choix. L'arithmétique du tanking s'inverse.
Le reste du dispositif verrouille les contournements : aucun pick ne peut être n°1 deux drafts de suite ni figurer dans le top 5 trois drafts de suite, les protections de choix entre les rangs 12 et 15 sont interdites sur les nouveaux échanges, et la ligue peut désormais réduire les chances d'une franchise ou modifier sa position de draft. Une équipe reléguée ne descend pas sous le 12e choix, les autres peuvent tomber au 16e. Le premier tour 2027 sera donc bien plus ouvert que ne l'a été celui de 2026.
La masse salariale referme le dossier. Pour 2026-27, la NBA a fixé le plafond à 164,961 millions de dollars et le plancher d'équipe à 148,465 millions, soit 90 % du cap. Une franchise qui perd exprès paie donc à peu près la même masse salariale qu'une franchise qui se bat, sans les recettes qui vont avec. À l'autre extrémité, le second apron pointé à 221,686 millions punit les effectifs trop chers en gelant leurs choix futurs, mécanique détaillée dans notre dossier sur les seuils qui redessinent les effectifs. Entre un plancher qu'on ne peut pas fuir et un plafond qui mord, la fenêtre où perdre exprès enrichissait une équipe s'est refermée.
Le verdict tient en une ligne : treize victoires abandonnées tout de suite contre une par saison pendant dix ans, avec 14,0 % de chances de toucher le gros lot hier et 5,4 % demain. Popovich a bâti sa dynastie sur la formation et la continuité, et la loterie vient de donner raison à cette école.
Sources : NBA Communications (communiqués du 28 mai 2026 sur la 3-2-1 Lottery et du 30 juin 2026 sur le plafond salarial 2026-27), NBA.com, Basketball Reference (bilans saison par saison, résultats de draft 2000-2016, glossaire VORP). Données consultées le 12 août 2026.
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