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Un 12-0 encaissé, la salle adverse debout, et l'entraîneur qui dessine un T avec ses mains. C'est le seul geste de coaching que la caméra montre en gros plan, le seul dont on parle à la mi-temps, et celui auquel le public attribue d'emblée un pouvoir. Sur la saison régulière 2024-25, on compte 10,85 temps morts par match, obligatoires compris, et 81 % des 7 826 que mon échantillon retient tombent alors que l'équipe qui les appelle vient de perdre les deux minutes précédentes. Reste la question que personne ne pose : après, il se passe quoi ? Le play-by-play officiel permet d'y répondre, à condition d'éviter le piège dans lequel une bonne partie des commentaires tombe.

Une bascule de 3,9 points, et un problème

J'ai repris l'intégralité du play-by-play de la saison régulière 2024-25 (1 230 matchs, la dernière saison disponible en entier en jeu de données ouvert au relevé d'août 2026) et découpé chaque rencontre à la seconde. Pour chaque temps mort, deux mesures : le bilan de l'équipe qui l'appelle sur les deux minutes qui précèdent, puis sur les deux minutes qui suivent.

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Le résultat a tout d'une démonstration. Avant, l'équipe est à -3,4 points sur la fenêtre. Après, elle est à +0,5. Une bascule de 3,9 points en deux minutes. Sur un plateau télé, cela donne « le temps mort a changé le match », et l'affaire est classée avant la pub suivante.

Ces 3,9 points ne prouvent pourtant rien. Un entraîneur ne tire pas au sort le moment où il dégaine : il le choisit au moment précis où la séquence est extrême. Or une séquence extrême est, par construction, suivie d'une séquence qui l'est moins. C'est le retour à la moyenne, et c'est lui qu'il faut soustraire avant de parler d'effet. La main chaude, dont nous avons raconté les trente ans de calculs à l'envers, a buté sur un artefact de sélection voisin, à ceci près qu'il jouait dans l'autre sens : là-bas, la règle de comptage effaçait un effet réel ; ici, elle en fabrique un. La bascule relève donc de l'arithmétique avant de relever du coaching.

Le run ne dit rien de la suite

Pour chiffrer ce retour à la moyenne, il faut un point de comparaison : des instants semblables où personne n'appelle de temps mort. J'ai retenu tous les arrêts de jeu qui suivent un panier encaissé, sans temps mort dans les douze secondes suivantes. Même déclencheur, même ballon à venir, une seule différence : le jeu ne s'interrompt pas. Cela fait 85 692 situations témoins contre 7 826 temps morts. Ces 7 826 sont ceux qui suivent un panier encaissé et tombent assez loin des bornes du quart-temps pour que les deux fenêtres tiennent : les prolongations et les deux dernières minutes de chaque période sortent du champ, soit 41 % des 13 343 arrêts de la saison.

Ce que ces témoins racontent est plus brutal que prévu. À chaque fois, je mesure le bilan de l'équipe qui vient d'encaisser le panier. Si elle sortait d'un run subi d'au moins 8 points, elle regagne +0,58 point d'écart sur les deux minutes suivantes (IC 95 % : +0,47 à +0,69). Si elle était au contraire en train d'infliger un run d'au moins 4 points, elle en regagne +0,49 (+0,40 à +0,58). Sur les séquences équilibrées, +0,54 (+0,51 à +0,57). La pente qui relie le run passé au bilan des deux minutes suivantes vaut -0,004 point par point de run (-0,011 à +0,003), sur 85 692 observations.

Traduction : le run que vous venez de subir ne contient à peu près aucune information sur ce qui arrive ensuite. Le score en NBA se comporte pour l'essentiel comme une marche aléatoire, et un 12-0 finit par s'arrêter pour la même raison qu'une série de piles finit par tomber sur face. Que les remontées soient fréquentes n'a rien de mystérieux non plus ; leur limite, elle, se mesure, et c'est l'objet de notre dossier sur le mur des 15 points à six minutes de la fin.

À situation égale, il ne reste presque rien

Vient la vraie question : à run identique, l'équipe qui prend son temps mort fait-elle mieux que celle qui laisse jouer ? En stratifiant sur la taille exacte du run subi, l'écart tombe à -0,08 point sur deux minutes (IC 95 % : -0,165 à -0,003). En ajoutant le quart-temps au découpage : -0,08 (-0,16 à +0,001). Sur une minute : -0,01 (-0,06 à +0,04). Sur quatre minutes : +0,00 (-0,13 à +0,14).

Sur les gros runs, là où le geste est censé compter le plus (au moins 9 points encaissés en deux minutes, 434 temps morts concernés), l'estimation vaut -0,21 point sur la minute suivante (-0,46 à +0,03).

Une précision qui manque à la plupart des commentaires : cette estimation dépend de la façon dont on définit l'unité observée. En la définissant non plus par l'équipe qui vient d'encaisser le panier, mais par celle qui perd le run des deux minutes, la même base rend +0,08 point (-0,002 à +0,165). Le renversement est trompeur : cette seconde lecture ne fixe plus l'état du ballon, or l'équipe suivie sort d'un panier encaissé dans 87 % des cas avec temps mort contre 69 % des témoins, et ce seul détail pèse plus d'un point sur deux minutes. En neutralisant la possession comme on neutralise le run, la seconde lecture redescend à -0,07 (-0,15 à +0,02) et rejoint la première. Aucun écart ne ressort du bruit, et le plafond est net : quoi qu'il se dise dans ce regroupement, cela ne se lit pas au score au-delà de deux dixièmes de point.

Les temps morts que personne ne choisit

Il existe pourtant un moyen d'échapper au biais de sélection : les temps morts que l'entraîneur ne décide pas. Le règlement NBA en impose deux par quart-temps. Si aucune équipe n'en a pris avant 6:59, l'officiel de table en accorde un d'office au premier ballon mort, imputé à l'équipe locale ; s'il n'y en a pas eu de nouveau avant 2:59, il en accorde un second à l'autre équipe. Ces coupures obéissent au chronomètre, jamais au tableau d'affichage : le règlement offre là une petite expérience naturelle.

Détail savoureux au passage : un temps mort obligatoire dure 2:45 en diffusion locale et 3:15 en diffusion nationale, contre 1:15 pour les autres. La pause censée renverser le cours d'un match est d'abord un tunnel publicitaire plus de deux fois plus long. Le business avant le spectacle, jusque dans le chronomètre.

J'en ai isolé 747 (premier du quart-temps, sous 6:59, imputé au local, survenant sur un panier encaissé). Le repérage reste approximatif : un cinquième d'entre eux sont posés plus de trente secondes après le premier ballon mort passé 6:59, ce qu'un déclenchement à l'horloge ne fait pas. Ils tombent après un run subi d'au moins 8 points dans 4,6 % des cas, contre 10,8 % pour les temps morts d'entraîneur : la sélection a bien disparu. Leur effet mesuré à run égal, dans cette seconde convention : +0,21 point (-0,03 à +0,45), et +0,14 (-0,09 à +0,38) une fois l'état du ballon neutralisé. Positif, plus large que le reste, et incapable de trancher : avec 747 cas, on ne peut ni démontrer un gain ni exclure un gain allant jusqu'à quatre dixièmes de point.

Trois méthodes, une même zone

Saavedra, Mukherjee et Bagrow (Scientific Reports, 2012) ont repris les saisons NBA 2009 à 2012 et comparé chaque temps mort à 1 000 tirages où les temps morts étaient replacés au hasard, en conservant leur nombre et leur répartition horaire. Sur 90 cas d'équipes-saisons, l'écart reste non significatif dans 74, 77 et 79 cas pour les trois premières possessions suivant l'arrêt, et dans plus de 84 dès la quatrième. Leur lecture : l'effet, s'il existe, ne dépasse pas la troisième possession. Au passage, sur la première possession, l'association entre expérience de l'entraîneur et gain post-temps-mort ressort négative (r = -0,25, p = 0,0076), sans que les auteurs prétendent y voir une cause.

Gibbs, Elmore et Fosdick (Annals of Applied Statistics, 2022) ont fait le travail le plus abouti : cadre causal de Rubin, appariement génétique sur le profil de la situation, 4 684 runs d'au moins 9 points en deux minutes sur les saisons 2017-18 et 2018-19, dont 834 suivis d'un temps mort. Leur estimation vaut -0,35 (erreur type 0,07, p < 0,001) sur un indicateur qui intègre l'évolution de l'écart pendant la minute suivante. Vingt franchises sur trente affichent une estimation négative, aucune n'affiche de gain significatif. Les auteurs qualifient le geste de « légèrement désavantageux » et signalent eux-mêmes qu'un biais non observé d'ampleur modérée suffirait à ramener leur intervalle sur zéro, tout en jugeant cette borne conservatrice.

Enfin Qiu et coll. (Frontiers in Psychology, 2025) concluent l'inverse sur 4 051 temps morts du championnat chinois : le momentum augmente après l'arrêt quand l'équipe est en difficulté. Leur méthode est un avant/après, le calcul même qui produit mes 3,9 points. Les auteurs ne s'en cachent pas : ils citent les travaux NBA qui attribuent la remontée post-temps-mort au retour à la moyenne, et relèvent que 77,5 % des temps morts de leur échantillon sont posés en position défavorable. Le partage est là : un seul des deux camps construit un contre-factuel.

Alors, faut-il le poser ?

Rien de ce qui précède ne dit qu'un temps mort est inutile, et une absence de preuve n'est pas une preuve d'absence. Le constat de ces données publiques est plus modeste : soixante-quinze secondes de regroupement ne laissent pas de trace mesurable au score dans les minutes qui suivent, avec des intervalles assez serrés pour exclure un effet spectaculaire. Un joueur qu'on rassoit, un ajustement défensif, une rotation défensive corrigée : tout cela existe et ne se lit pas dans un différentiel de points sur deux minutes, comme le rappelle tout ce que le suivi optique enregistre et que le box score ignore.

Les chiffres n'abîment donc pas le geste, ils abîment le récit qu'on plaque dessus le lendemain, quand le 12-0 s'est arrêté et qu'il faut lui trouver un responsable. Il s'était surtout arrêté tout seul.

Sources : play-by-play officiel NBA, saison régulière 2024-25 (1 230 matchs, 13 343 temps morts réguliers), calculs de l'auteur ; NBA Official Rulebook, règle 5, section VI ; Saavedra, Mukherjee & Bagrow, Scientific Reports, 2012 ; Gibbs, Elmore & Fosdick, Annals of Applied Statistics, 2022 ; Qiu, Zhang, Chao & Zhang, Frontiers in Psychology, 2025.

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