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La série nutrition de ce site a passé en revue la créatine, la caféine, les protéines, l'hydratation, les nitrates et l'alcool. Il manquait le carburant lui-même, celui qui remplit les muscles et qui a produit l'un des plus gros corpus d'essais contrôlés de la nutrition sportive. Les glucides offrent un luxe rare en physiologie de l'effort : on les dose au gramme près et on mesure par biopsie ce qu'ils stockent. Un détail résume pourtant tout le dossier : une gorgée recrachée améliore certaines performances.

Le réservoir se remplit en vingt-quatre heures

Le protocole fondateur date de 1967. Quatre chercheurs scandinaves, dont Jonas Bergström et Bengt Saltin, établissent le lien entre régime alimentaire, glycogène musculaire et performance physique (Bergström, Hermansen, Hultman et Saltin, Acta Physiologica Scandinavica, 1967). Le protocole qui en est sorti tient en deux temps : vider les muscles par un effort épuisant suivi de trois jours pauvres en glucides, puis trois jours de gavage. Les coureurs se transmettent encore ce schéma-là, phase de disette comprise.

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Trente-cinq ans plus tard, une équipe de l'université d'Australie-Occidentale l'a démonté. Huit athlètes d'endurance masculins ont avalé 10 g de glucides par kilo et par jour à index glycémique élevé pendant trois jours, en restant inactifs, avec des biopsies avant, à un jour et à trois jours. Le glycogène est monté de 95 à 180 mmol/kg de masse humide en une seule journée, puis n'a plus bougé malgré deux jours supplémentaires du même régime (Bussau et al., European Journal of Applied Physiology, 2002). Le plateau était atteint sur les fibres de type I comme sur les IIa et IIb.

Reste l'ordre de grandeur, qu'on oublie de traduire : pour un intérieur de 100 kg, 10 g/kg font un kilo de glucides en une journée. Le chiffre sort d'un laboratoire, avec des sujets au repos complet. Les consignes de terrain descendent à 6-8 g/kg, et la raison tient dans l'estomac.

Pendant l'effort, la durée commande tout

La première méta-analyse du domaine a agrégé 88 essais croisés randomisés, ramenés à 73 études et 122 estimations après filtrage du biais de publication. Les effets vont d'un gain net d'environ 6 % sur la puissance moyenne à une dégradation de 2 %. Le meilleur produit inféré du modèle : une boisson à 3-10 % apportant environ 0,7 g/kg/h de polymères de glucose, 0,2 g/kg/h de fructose et 0,2 g/kg/h de protéines. Le modèle signale aussi deux érosions possibles du bénéfice : au-delà de 0,25 g/kg/h de fructose, et quand la température ambiante monte de 10 °C (Vandenbogaerde et Hopkins, Sports Medicine, 2011).

Traduit pour un athlète de 80 kg, cela donne 56 g de polymères et 16 g de fructose par heure, soit 72 g de glucides. À une concentration de 7 %, il faut plus d'un litre de boisson par heure pour les faire passer. Le facteur limitant devient la tolérance digestive avant de devenir le muscle, et le volume ingéré rejoint alors la question du bilan hydrique, traitée dans notre dossier sur l'hydratation et la performance.

Une autre méta-analyse, restreinte aux essais en conditions de compétition, chiffre le gain : 0,9 minute de moins sur un contre-la-montre suivant un effort sous-maximal (IC 95 % -1,7 à -0,2 ; p = 0,02) et 20,2 W de puissance moyenne en plus (IC 95 % 9,0 à 31,5). Les auteurs bornent eux-mêmes leur conclusion : des cyclistes masculins entraînés, des efforts supérieurs à 90 minutes, des concentrations de 6 à 8 % (Pöchmüller et al., Journal of the International Society of Sports Nutrition, 2016). Dans la chaleur, l'affaire se brouille : sur neuf essais croisés à des débits de 14 à 140 g/h, cinq trouvent un gain, quatre ne trouvent rien (Salame et al., Journal of the International Society of Sports Nutrition, 2026).

Basket et football : une recommandation importée

Une revue systématique de 61 articles sur les footballeurs aboutit à un protocole précis : 6 à 8 g/kg/j la veille, un repas à 1 à 3 g/kg trois à quatre heures avant, puis 30 à 60 g/h pendant le match. Les auteurs relèvent un gain sur la vitesse et le nombre de sprints, une érosion moindre de la précision de frappe, et un délai d'apparition de la fatigue allongé. Sur la passe, le dribble, le saut et l'agilité, ils constatent une absence de consensus. La glycémie chute pendant le premier quart d'heure de seconde période sans que la performance en pâtisse, et le glycogène, effondré en fin de rencontre, reste bas à 48 heures (Pueyo et al., Nutrients, 2024).

Ce 30-60 g/h mérite un instant d'attention : c'est la fourchette des protocoles d'endurance, mot pour mot. Le basket ne dispose d'aucune littérature comparable en volume, et la consigne qui circule dans les vestiaires a voyagé du cyclisme au football, puis du football au parquet. Un match NBA étale quarante-huit minutes de jeu effectif sur plus de deux heures, par séquences maximales de quelques secondes. Rien n'interdit que le transfert soit valide. Rien ne le démontre non plus.

L'argument cognitif, souvent avancé pour les sports de décision, est plus disputé qu'il n'y paraît. Dix essais randomisés sur des boissons à 6-12 % ne montrent aucun effet significatif sur les fonctions exécutives après l'effort, ni en exactitude (-0,05 ; IC 95 % -0,27 à 0,18) ni en temps de réaction (-0,18 ; IC 95 % -0,45 à 0,09), y compris chez les pratiquants de sports à habiletés ouvertes (Yang et al., Frontiers in Psychology, 2023).

En salle, le seuil est net. Sur 21 études et 226 participants, l'ingestion de glucides augmente le volume total d'une séance de musculation (différence moyenne standardisée de 0,61), mais le sous-groupe qui porte l'effet est celui des séances dépassant 45 minutes (1,02) et des jeûnes d'au moins 8 heures (0,39). La dose, elle, ne module rien (King et al., Sports Medicine, 2022). Une demi-heure de renforcement prise après le petit-déjeuner n'entre dans aucune de ces deux cases.

La surcharge glucidique passe au banc d'essai

La stratégie reine de l'endurance a reçu en 2026 un audit méthodologique sévère. Sur 14 études recensées de surcharge glucidique, deux seulement étaient menées en double aveugle contre placebo, et quatre apportaient des glucides pendant l'effort. Les deux essais qui cumulaient ces exigences n'ont trouvé aucun bénéfice de performance. Les deux autres avec apport en course montraient un effet modéré, d'une ampleur (d de Cohen ≈ 0,35) comparable à ce que produisent les interventions nutritionnelles placebo. Les auteurs appellent à réévaluer l'intérêt d'une surcharge dans les 24 à 48 heures précédant une compétition (Jones et al., International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism, 2026).

L'audit ne range pas la surcharge parmi les stratégies mortes : il documente un doute sur la part que prend la croyance dans le résultat. Un essai de terrain tire dans l'autre sens, avec 22 joueurs iraniens de première division répartis en deux groupes, celui de la surcharge passant de 1,5 à 7,5 g/kg le jour du match, plus de distance et plus de sprints répétés au GPS (Kazemi et al., Journal of the International Society of Sports Nutrition, 2023). Deux équipes entières comparées, aucun aveugle : la nuance vaut ce que vaut le protocole.

Rincer, recracher, et gagner quand même

Reste le résultat qui éclaire le mécanisme. Garder une solution glucidée en bouche quelques secondes, puis la recracher, améliore certaines performances sans qu'une calorie franchisse l'œsophage. Sur 13 essais cliniques randomisés, le rinçage de bouche ne change rien à la force maximale (différence moyenne de 0,25 kg ; IC 95 % -1,81 à 2,32 ; p = 0,810) mais ajoute 1,24 répétition en endurance musculaire (IC 95 % 0,70 à 1,77 ; p < 0,001), avec un bénéfice supérieur sur charges lourdes (Oliveira-Silva et al., Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 2023).

On a longtemps pensé que l'effet exigeait d'être à jeun. Une méta-analyse à trois niveaux de 33 études réalisées après un repas conclut le contraire, avec un effet petit mais net (g de Hedges = 0,18 ; IC 95 % 0,09 à 0,28 ; p < 0,01), meilleur en aérobie, avec de la maltodextrine et des rinçages de dix secondes au plus. Les auteurs qualifient eux-mêmes le niveau de certitude de faible (Deng et al., Journal of the International Society of Sports Nutrition, 2025). Le mécanisme avancé est central : des récepteurs oraux qui renseignent les aires cérébrales du contrôle moteur, en court-circuitant la voie digestive.

Un avertissement s'impose avant de vider un bidon dans le seau du banc. Une méta-analyse 2026 sur l'exercice intermittent de haute intensité trouve un effet de 0,44 pour l'association caféine plus glucides, avec un sous-groupe rinçage à 0,91 contre 0,33 pour l'ingestion. Mais l'amélioration n'apparaît plus dans les essais dont le témoin reçoit de la caféine seule, sans que l'écart entre sous-groupes atteigne le seuil de significativité. Un biais de publication est identifié, et le niveau de preuve est gradé faible (Li et al., Nutrients, 2026). La molécule qui travaille dans ces protocoles est peut-être celle que nous avions chiffrée dans notre article sur la caféine et la performance.

Le plan défendable

Un jour de repos avec les assiettes pleines porte le glycogène à son maximum, sans la phase de disette du rituel classique. Au-delà de 90 minutes d'effort continu, l'apport en course a démontré sa valeur chez des cyclistes masculins entraînés, avec une formule que le modèle situe autour de 0,7 + 0,2 + 0,2 g/kg/h. En dessous, et dans les sports intermittents, la démonstration reste à faire, faute d'essais menés là où le protocole s'applique. Pour l'après-match, la même revue recommande 1 à 1,5 g/kg/h pendant les quatre premières heures, dès les vingt premières minutes, à combiner avec nos techniques de récupération musculaire. Quant au verre recraché au bord du terrain, il rappelle ce qu'un compteur de calories ne dira jamais : la fatigue se négocie aussi dans le cerveau.

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