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Sur l'étagère des compléments, deux produits jouissent d'un privilège rare : on sait par quel chemin ils agissent. Le nitrate alimentaire, celui du jus de betterave et des légumes-feuilles, finit en monoxyde d'azote après un détour par la salive. La bêta-alanine sert de matière première à la carnosine, le tampon qui encaisse les protons quand le muscle s'acidifie.

Le revers arrive vite. Un mécanisme connu délimite un terrain, et celui-ci est étroit : une fenêtre d'effort de quelques minutes, des tailles d'effet qui se comptent en dixièmes d'écart-type, et une poignée de conditions qui les effacent.

Quatre semaines d'un côté, trois heures de l'autre

La bêta-alanine se construit. Hill et Harris ont supplémenté 13 hommes, dont 8 pendant dix semaines, avec des biopsies du vaste externe chez six d'entre eux (Amino Acids, 2007). La carnosine musculaire grimpe de 58,8 % en quatre semaines, puis de 80,1 % en dix. Le travail total sur un test d'ergocycle à 110 % de la puissance maximale suit la même pente : +13,0 % à quatre semaines, puis 3,2 points supplémentaires à dix. Les six semaines de rab apportent donc 21 points de carnosine pour 3 points de travail, quand le groupe témoin ne bouge sur aucun des deux. La prise de position de l'International Society of Sports Nutrition fixe le protocole de référence à 4 à 6 g par jour pendant quatre semaines (Journal of the International Society of Sports Nutrition, 2015).

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Le nitrate travaille à l'échelle d'un après-midi. Bailey a fait boire 500 mL de jus de betterave par jour, dosé à 11,2 mM, soit 5,6 mmol quotidiens, à huit hommes pendant six jours (Journal of Applied Physiology, 2009) : le nitrite plasmatique passe de 140 à 273 nM et la tension systolique descend de 132 à 124 mmHg. Wylie a daté le pic : le nitrite plasmatique culmine deux à trois heures après l'ingestion (Journal of Applied Physiology, 2013). D'où le délai d'au moins 150 minutes avant l'effort retenu par la méta-analyse de Silva (Advances in Nutrition, 2022).

La fenêtre utile s'ouvre vers la minute

Hobson a agrégé 15 publications, 57 mesures et 360 participants (Amino Acids, 2012). La médiane des tailles d'effet ressort à 0,374 sous bêta-alanine contre 0,108 sous placebo (P = 0,002). Le tri par durée est franc : les efforts de 60 à 240 secondes s'améliorent (P = 0,001), ceux de plus de 240 secondes aussi (P = 0,046), ceux de moins de 60 secondes restent immobiles (P = 0,312). L'amélioration médiane atteint 2,85 % pour un total ingéré de 179 g, soit un mois à six grammes par jour.

Côté nitrate, Silva a compilé 123 études et 1 705 participants : différence moyenne standardisée de 0,101 (IC 95 % : 0,051 à 0,151), avec un créneau optimal de 2 à 10 minutes (P < 0,001). Les sels de nitrate n'y ressortent pas (P = 0,629), contrairement au jus de betterave. Sur un protocole de plusieurs jours, l'optimum se situe entre 5 et 9,9 mmol quotidiens. Les deux compléments arrivent donc dans le même couloir d'effort par deux portes opposées : l'économie d'oxygène pour l'un, la gestion des protons pour l'autre.

Tenir jusqu'à l'épuisement, ou courir contre le chrono

Saunders signe la revue la plus large sur la bêta-alanine : 40 études, 65 protocoles, 1 461 participants (British Journal of Sports Medicine, 2017). Effet global de 0,18 (IC 95 % : 0,08 à 0,28), la durée de l'effort ressortant comme facteur modérateur significatif (p = 0,004). Le tri le plus instructif porte sur le type de test, dans la fenêtre de 30 secondes à 10 minutes : les épreuves de capacité, celles où l'on tient jusqu'à l'épuisement, affichent 0,50 (IC 95 % : 0,246 à 0,753), quand les épreuves de performance à charge de travail fixée tombent à 0,11, avec un intervalle qui traverse zéro (-0,201 à 0,416).

Un joueur qui cherche à finir son match debout se range du bon côté du tri, un athlète qui vise un chrono sur distance imposée se range de l'autre. Le niveau d'entraînement n'est pas ressorti comme facteur modérateur (p = 0,559), et la méta-analyse de Georgiou, restreinte à 331 hommes entraînés, retrouve 0,39 sur la même fenêtre (IC 95 % : 0,09 à 0,69) et 0,55 sur le segment de 4 à 10 minutes (International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism, 2024).

Sur les sprints répétés, l'aiguille reste immobile

Liang vient de traiter la question qui intéresse les sports collectifs : 17 essais randomisés sur la capacité de sprints répétés (Frontiers in Nutrition, 2026). Performance moyenne : -0,018 (p = 0,841). Performance de pointe : 0,205 (p = 0,130). Indice de fatigue : -0,020 (p = 0,929). Ni la dose totale, ni la durée, ni la modalité d'exercice, ni le statut d'entraînement ne déplacent ces résultats. Les auteurs avancent une explication mécanistique : un enchaînement de sprints est gouverné par la déplétion en phosphocréatine et sa reconstitution oxydative, quand le tampon carnosine répond à l'acidose glycolytique maximale.

Rapportez ce profil à une possession de basket : vingt-quatre secondes d'intensité, une remontée de terrain, et on recommence. C'est le format d'effort où la créatine monohydrate se montre la plus utile, avec une taille d'effet supérieure sur les efforts répétés à celle mesurée sur l'effort isolé. La bêta-alanine occupe un registre que le basket croise peu.

Chez les athlètes très entraînés, les nitrates s'effacent

Senefeld a rassemblé 80 études croisées contre placebo (Medicine & Science in Sports & Exercise, 2020). Effet global : d = 0,174 (IC 95 % : 0,120 à 0,229 ; P < 0,001). Sur les 26 études conduites chez des athlètes d'endurance dont la VO2 max atteint ou dépasse 65 mL/kg/min, il tombe à 0,021 (IC 95 % : -0,103 à 0,144 ; P = 0,745). Les six travaux menés auprès de femmes seules donnent 0,116 (P = 0,347), sur un effectif d'études trop mince pour trancher.

Chez les autres, le bénéfice reste lisible. Chez Bailey, le coût en oxygène de l'exercice modéré rapporté au watt produit baisse de 19 %, et le temps jusqu'à l'épuisement sur effort sévère passe de 583 à 675 secondes, soit 92 secondes gagnées, près de 16 %. Chez Wylie, la hiérarchie des doses parle d'elle-même : 4,2 mmol ne changent rien, 8,4 mmol allongent le temps jusqu'à l'échec de 14 %, 16,8 mmol de 12 %. La consommation d'oxygène en régime modéré y baisse de 3,0 % à la plus forte dose (P < 0,05) et de 1,7 % à la dose intermédiaire, sans atteindre le seuil (P = 0,06). Doubler la ration au-delà du deuxième palier n'achète aucune seconde.

Deux détails absents de l'étiquette

Le premier tient dans la bouche. Le nitrate avalé devient actif après avoir été réduit en nitrite, et cette première réaction est confiée à des bactéries commensales de la langue. Govoni l'a établi sur sept volontaires en protocole croisé, avec une charge de nitrate de sodium de 10 mg/kg (Nitric Oxide, 2008) : un rinçage à la chlorhexidine avant la prise laisse le nitrate s'accumuler comme d'ordinaire dans la salive et le plasma, supprime sa conversion en nitrite salivaire, et rabote la montée du nitrite plasmatique. Chez Silva, les pratiques défavorables aux bactéries buccales font baisser l'effet ergogénique du nitrate à l'échelle des 123 études réunies. Un complément dont le rendement dépend de ce qu'on renonce à désinfecter, on n'en croise pas tous les jours.

Le second porte un nom : la paresthésie, seul effet indésirable documenté de la bêta-alanine. Décombaz situe le seuil au-delà de 800 mg pris en une fois (Amino Acids, 2012). Onze adultes ont reçu 1,6 g, en solution pure ou en comprimé à libération lente. Le pic plasmatique atteint 248 µmol/L avec la solution contre 82 avec le comprimé, en 30 minutes contre une heure. Les picotements arrivent au bout d'un quart d'heure sur les bras et le tronc, en épousant la courbe plasmatique ; avec les comprimés, les sensations rapportées se confondent avec celles du placebo. Le symptôme suit la cinétique d'absorption, d'où les prises fractionnées de 1,6 g conseillées par l'ISSN, à total quotidien inchangé.

Deux protocoles, deux ordres de grandeur

Bêta-alanine : 4 à 6 g par jour, en prises fractionnées, quatre semaines au minimum, pour un ou deux dixièmes d'écart-type en moyenne et jusqu'à un demi sur les efforts d'une à dix minutes menés jusqu'à l'épuisement. Nitrate : environ 8 mmol, deux à trois heures avant, pour quelques points d'économie d'oxygène et une dizaine de pour cent de tolérance en plus, à condition de ne pas déjà siéger au sommet de sa filière aérobie.

Restent les proportions, et une conclusion inconfortable pour qui cherche un produit universel : ces deux poudres n'agissent que dans un couloir d'effort étroit, celui où la filière aérobie et la filière anaérobie se disputent la minute qui vient. Hors de ce couloir, les essais ne mesurent plus rien. La caféine, elle, travaille sur la perception de l'effort et se moque de la durée. Sur un troisième quart-temps, un dixième d'écart-type ne se voit pas ; sur une minute de course menée jusqu'à l'épuisement, il se compte.

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