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Trois anciens premiers choix de draft dans le même vestiaire, c'est une curiosité que la NBA ne croise qu'une poignée de fois par génération. Les Mavericks 2026-27 la remettent au goût du jour : Kyrie Irving, n°1 en 2011, Cooper Flagg, n°1 en 2025, et Zaccharie Risacher, n°1 en 2024, arrivé le 19 juillet dans un échange à trois avec le Thunder et les Hawks, dont vous retrouverez la mécanique dans notre récapitulatif des transferts NBA. Aucun autre effectif de la ligue n'en compte davantage à la reprise. Reste la question qui fâche : empiler les pedigrees, est-ce que ça gagne des matchs ? Sortons la calculatrice.

Le point de départ : une saison 2025-26 à 26 victoires

Plantons le décor, parce qu'il pique. Dallas sort d'un exercice à 26 victoires pour 56 défaites, douzième de la conférence Ouest, loin du play-in (source : Basketball-Reference). La saison a commencé par le licenciement de Nico Harrison, le dirigeant qui avait expédié Luka Dončić aux Lakers, démis dès le 11 novembre 2025. Elle s'est poursuivie par le départ d'Anthony Davis, contrepartie majeure de ce transfert, envoyé en février 2026 dans un montage qui a ramené Khris Middleton et Tyus Jones (source : NBA.com). En dix-huit mois, la franchise a donc échangé son visage, puis échangé ce qu'elle avait obtenu en échange. Les bureaux ont été refaits dans la foulée : Dusty May sur le banc, Masai Ujiri à la présidence, Mike Schmitz au poste de general manager (source : Bleacher Report).

Dans ce paysage, un seul point lumineux, mais de taille : le rookie. Et c'est autour de lui que tout se réorganise.

Trois n°1, trois réalités

Kyrie Irving, le n°1 de 2011 et le genou qui décide de tout

Le 3 mars 2025 face à Sacramento, Kyrie Irving se déchire le ligament croisé du genou gauche en marchant sur le pied de Jonas Valanciunas. Il reste sur le parquet, plante ses deux lancers francs, puis rejoint le vestiaire (source : FOX Sports). Les habitués de la maison penseront aux deux lancers de Kobe Bryant sur un tendon d'Achille rompu en 2013, et le parallèle n'a rien d'usurpé. La suite est moins romanesque : une saison 2025-26 entière passée en rééducation, sans la moindre minute de jeu.

Où en est-il ? D'après Shams Charania, le meneur est rétabli à 100 % et pleinement intégré aux plans du nouveau staff (source : ESPN). Ses derniers repères chiffrés datent de 2024-25 : 24,7 points de moyenne à 40,1 % de réussite lointaine en 50 matchs, avec une neuvième sélection au All-Star Game (source : StatMuse). Traduction : chaque tentative extérieure de Kyrie valait alors 1,20 point. Il fêtera ses 35 ans en mars, avec un genou reconstruit. C'est la variable la plus fragile de l'équation, et de loin.

Cooper Flagg, le n°1 qui a déjà le costume

Pendant que Kyrie pédalait en salle de kiné, Cooper Flagg signait l'une des saisons rookies les plus complètes de l'histoire récente : 21,0 points, 6,7 rebonds, 4,5 passes, 1,2 interception et 0,9 contre, 70 matchs tous débutés dans le cinq, et le trophée de Rookie de l'année au bout (source : NBA.com). Il devient le troisième débutant en 45 ans à cumuler 20 points, 6 rebonds et 4 passes, après Michael Jordan et un certain Luka Dončić. L'ironie du calendrier ne s'invente pas.

Regardons le rendement plutôt que les volumes bruts. Son True Shooting de 54,8 %, cette mesure d'efficacité dont nous détaillons le calcul dans notre article sur le TS% et l'eFG%, se traduit en 1,10 point par possession de tir. Rapporté à ses 21 points par soir, cela donne environ 19 vraies tentatives par match. Dix-neuf. C'est le volume d'une option offensive numéro un, assumé dès la première saison, dans une équipe privée de créateur principal. Peu de débutants encaissent cette charge sans voir leur efficacité s'effondrer.

Zaccharie Risacher, le n°1 reconverti en spécialiste

Le cas de Zaccharie Risacher est le plus intrigant des trois. Premier choix de la draft 2024, membre de la All-Rookie First Team avec 12,6 points de moyenne, l'ailier français a vu son rôle fondre en 2025-26 : 9,6 points en 67 matchs et une place devenue instable dans la rotation d'Atlanta (source : Hoops Rumors). Le chiffre qui sauve tout : 36,8 % à 3 points sur la saison, l'essentiel en sortie de passe (source : Basketball-Reference).

Faisons le calcul qui remet ce pourcentage à sa juste place. Un shooteur à 36,8 % derrière l'arc rapporte 1,10 point par tentative. C'est le rendement d'un intérieur qui convertirait 55 % de ses tirs à 2 points, et c'est surtout le même rendement que Flagg sur l'ensemble de son jeu offensif. À 21 ans, Risacher offre donc à Dallas un profil 3&D à l'efficacité d'un titulaire, obtenu contre Ryan Nembhard pendant que le Thunder récupérait des seconds tours. Sur ce plan précis, le pari est raisonnable.

55 points sur le papier, un seul ballon sur le terrain

Additionnons les dernières saisons jouées par chacun : 24,7 points pour Irving, 21,0 pour Flagg, 9,6 pour Risacher. Soit 55,3 points de production théorique par match, dans une équipe qui n'alignait l'an passé que deux scoreurs au-dessus de 15 points sur une saison pleine. Le total a fière allure, mais il additionne trois contextes qui n'existent plus : le Kyrie d'avant blessure, le Flagg surchargé d'une équipe à 26 victoires, le Risacher marginalisé d'Atlanta. Les données ne s'empilent pas comme des cartons de déménagement.

La lecture la plus utile est ailleurs, dans le rapport entre rendement et volume. Flagg et Risacher produisent le même 1,10 point par tentative, à des volumes sans commune mesure : environ 19 possessions de tir pour l'un, une poignée pour l'autre. La hiérarchie offensive d'une équipe ne se lit pas dans l'efficacité, elle se lit dans le volume soutenu à rendement égal. Si le genou d'Irving tient, Dallas aligne deux porteurs capables de créer leur propre tir et un troisième n°1 payé pour écarter le terrain autour d'eux. Deux créateurs, un spécialiste : l'agencement des rôles est cohérent. Et c'est plus décisif que la collection de pedigrees.

Collectionner les n°1, est-ce que ça a déjà marché ?

Trois précédents récents permettent de répondre sans se raconter d'histoires (source : Yardbarker). Les Sixers de 2003-04 réunissaient Allen Iverson, Glenn Robinson et Derrick Coleman, trois anciens premiers choix : bilan de 33-49, pas de playoffs. Les Cavaliers de 2016-17 alignaient LeBron James, Kyrie Irving et Andrew Bogut : 51 victoires et une finale NBA, mais le troisième n°1 n'y a tenu qu'un rôle de figurant. Les Timberwolves de 2017-18 associaient Karl-Anthony Towns, Andrew Wiggins et Derrick Rose : 47-35 et un huitième seed, puis 36-46 dans la foulée.

Le verdict tient en une phrase : le rang de draft, dix ans après, ne prédit rien. Ce qui sépare la finale des Cavaliers du naufrage des Sixers, c'est l'état des joueurs au moment T et la répartition des rôles, pas la ligne « first overall pick » sur la fiche. Le record absolu appartient d'ailleurs aux Lakers de Minneapolis, avec cinq anciens n°1 dans l'effectif 1959-60, et les Lakers de 1987 en comptaient quatre (Abdul-Jabbar, Thompson, Johnson, Worthy) au moment de décrocher le titre : la seule collection devenue bannière, parce que chaque pièce avait un rôle taillé sur mesure (source : Fadeaway World).

Dallas est bien placé pour le savoir : le seul titre de l'histoire de la franchise, en 2011, doit tout à un ancien 9e choix de draft nommé Dirk Nowitzki. L'adversaire que l'on a adoré redouter du temps des grandes empoignades avec les Spurs n'était pas un pedigree, c'était un joueur devenu système à lui tout seul.

Le saviez-vous ? Dallas n'est pas seul dans l'expérience cette saison : les Wizards alignent eux aussi trois anciens premiers choix, avec AJ Dybantsa, sélectionné en tête de la draft 2026, Anthony Davis (2012) et Deandre Ayton (2018). Deux laboratoires vont tourner en parallèle, avec des recettes inversées : deux jeunes autour d'un vétéran côté Mavericks, deux vétérans autour d'un rookie côté Wizards.

Ce que la saison 2026-27 doit prouver

La collection texane possède une caractéristique qu'aucun précédent n'offrait : un n°1 de deuxième année qui affiche déjà le volume et l'efficacité d'un franchise player. Les Sixers, les Cavaliers et les Wolves empilaient des pedigrees en fin de cycle ou en décalage ; Dallas construit autour d'un joueur de 2025 en pleine ascension, avec un créateur de très haut niveau en appoint et un shooteur de 21 ans à relancer. Si le genou gauche d'Irving tient la distance et si Risacher confirme ses 36,8 %, les 55 points théoriques ont une chance de devenir une attaque réelle, et la douzième place de l'Ouest un mauvais souvenir.

D'ici le premier ballon d'octobre, vous avez le temps de peaufiner votre propre catch-and-shoot, notre rayon de matériel de basket est là pour ça. Les trois n°1 du vestiaire texan, eux, n'auront pas cette excuse : à ce niveau de pedigree, il va falloir produire.

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