TS% et eFG% : mesurer l’efficacité au tir en NBA
Pour mesurer l’efficacité au tir en NBA, le bon vieux pourcentage au tir (FG%) ne suffit pas. Il vous raconte une histoire incomplète. Deux métriques, le TS% et l’eFG%, rétablissent la vérité. C’est ce qu’on décrypte dans ce deuxième article de notre série sur les stats avancées.


En 2025-26, Rudy Gobert affiche un True Shooting de 67.9%. C'est le meilleur de la ligue. Plus haut que Stephen Curry (63.6%), plus haut que Kevin Durant, plus haut que Shai Gilgeous-Alexander. Pourtant, personne ne considère Gobert comme un scoreur. Et c'est là que cette stat devient intéressante : le TS% ne mesure pas le talent offensif, il mesure l'efficacité au scoring. Et il y a une différence énorme entre les deux.
Pourquoi le FG% ne mesure pas l'efficacité au tir
Le Field Goal Percentage, c'est la stat de base que tout le monde connaît : nombre de tirs réussis divisé par nombre de tirs tentés. Simple. Sauf que cette simplicité cache un problème de taille : le FG% traite tous les tirs de la même manière. Un layup à 2 points et un tir à 3 points comptent pareil dans le calcul. Pourtant, un 3 points réussi rapporte 50% de points en plus.
Prenons un exemple concret. Joueur A ne tire qu'à 2 points et réussit 50% de ses tirs. Joueur B ne tire que des 3 points et en réussit 40%. Le FG% dit : A est meilleur (50% contre 40%). Mais en réalité, pour 100 tirs, A marque 100 points et B en marque 120. Le FG% vous ment par omission.
Autre angle mort: les lancers francs. Le FG% ne les intègre tout bonnement pas. Un joueur comme Giannis Antetokounmpo, qui provoque un nombre énorme de fautes et va sur la ligne 10 fois par match, ne voit pas cette production reflétée dans son FG%. Même chose pour un joueur comme un intérieur moderne qui combine drives et lancers francs. Il marque des points qui n'existent pas dans le calcul.
L'eFG% : corriger le biais du 3 points
L'Effective Field Goal Percentage (eFG%) est la première correction. Son principe : un tir à 3 points réussi vaut plus qu'un tir à 2 points réussi, donc on le pondère en conséquence.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Nom complet | Effective Field Goal Percentage |
| Abréviation | eFG% |
| Formule | (FG + 0.5 × 3P) / FGA |
| Ce que ça mesure | L'efficacité au tir en NBA en valorisant les 3 points à leur juste valeur |
| Ce que ça ne mesure pas | Les lancers francs |
Le 0.5 dans la formule, c'est le bonus accordé à chaque 3 points réussi. Parce qu'un 3 points vaut 1.5 fois un 2 points, on ajoute une demi-réussite par tir à 3 points converti. Si vous reprenez notre exemple : Joueur A a un eFG% de 50% (inchangé, il ne tire que des 2 points), Joueur B a un eFG% de 60% (ses 3 points sont enfin valorisés à leur juste valeur). L'eFG% rétablit la vérité.
Vous vous souvenez de Dean Oliver et ses Four Factors dans l'article précédent ? L'eFG% est le premier des quatre, celui qui pèse le plus lourd (40% de la prédiction). Quand Oliver dit que l'efficacité au tir est le facteur numéro un pour gagner des matchs, c'est de l'eFG% qu'il parle.
Le TS% : l'image complète
L'eFG% corrige le biais du 3 points, mais il ignore toujours les lancers francs. Le True Shooting Percentage va plus loin : il intègre les 2 points, les 3 points et les lancers francs dans un seul chiffre.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Nom complet | True Shooting Percentage |
| Abréviation | TS% |
| Développé par | La communauté APBRmetrics, popularisé par Dean Oliver et John Hollinger (début 2000s) |
| Formule | PTS / (2 × (FGA + 0.44 × FTA)) |
| Moyenne NBA 2025-26 | ~57-58% |
| Ce que ça mesure | L'efficacité réelle au scoring, toutes sources de points confondues |
Le 0.44 devant les lancers francs n'est pas arbitraire. Il reflète le fait qu'un lancer franc ne "coûte" pas une possession complète. Quand vous allez sur la ligne après une faute sur tir, vous tirez deux (ou trois) lancers, mais ça ne compte que comme une tentative de tir au départ. Le 0.44 est une estimation statistique qui corrige ce biais, en tenant compte des and-one, des lancers techniques et des situations de jeu.
Gobert à 67.9% de TS% : pourquoi un pivot défenseur domine ce classement
Revenons à notre accroche. Rudy Gobert mène la NBA en TS% cette saison (67.9%, source : StatMuse). Son record en carrière sur une saison complète : 73.2% en 2021-22, le plus haut TS% jamais enregistré dans l'histoire de la NBA pour une saison (source : Basketball Reference). Et en carrière, il est à 67.3%, là encore le record all-time.
Comment un joueur qui tourne à 14 points par match peut-il afficher un TS% plus élevé que Curry, Jokić ou SGA ? Parce qu'il ne prend que des tirs à haut pourcentage de réussite. Gobert ne tire presque jamais au-delà de deux mètres du cercle. Pas de mid-range, pas de 3 points. Que des dunks, des alley-oops et des putbacks. Il marque peu, mais quand il tire, il met dedans.
Et c'est là que le TS% montre à la fois sa force et sa limite. Il ne dit pas "Gobert est un meilleur scoreur que Curry". Il dit "Gobert est plus efficace par tentative". Ce n'est pas la même chose. Curry prend des tirs à 8 mètres du panier avec un défenseur dans la figure, Gobert attrape un lob au-dessus du cercle. Pour travailler ce type de finition au cercle, c'est d'ailleurs une question de matériel d'entraînement technique autant que de talent. Comparer leur TS% brut n'a de sens que si vous comprenez le contexte de volume et de difficulté derrière chaque chiffre.
Efficacité au tir en NBA : les classements qui comptent
Le TS% brut sans filtre de volume est dominé par des pivots qui ne tirent que sous le cercle. Pour que la stat soit révélatrice, il faut croiser efficacité et charge offensive. Voici deux classements à distinguer.
TS% en carrière (all-time, tous profils)
| Rang | Joueur | TS% carrière | Contexte |
|---|---|---|---|
| 1 | Rudy Gobert | 67.3% | Quasi rien que des tirs au cercle, faible volume |
| 2 | Stephen Curry | 62.6% | Meilleur shooteur de l'histoire, volume massif de 3pts |
| 3 | Kevin Durant | 62.1% | Un des rares à combiner 25+ PPG et 62%+ TS% en carrière |
(Source : Basketball Reference, avril 2026)
La présence de Gobert en tête illustre très bien le piège du TS% sans contexte. Les deux noms derrière lui, Curry et Durant, racontent une histoire radicalement différente : ce sont des scoreurs de volume avec une efficacité de haut vol. Le classement brut cache cette distinction.
TS% en 2025-26 (profils notables)
| Joueur | TS% 2025-26 | PPG | Contexte |
|---|---|---|---|
| Rudy Gobert | 67.9% | ~14 | Leader TS%, très faible volume de tirs |
| Nikola Jokić | ~67.2% | ~28 | Efficacité quasi identique à Gobert, mais avec le double de points |
| Giannis Antetokounmpo | ~62.4% | ~31 | Quasiment aucun 3pts, mais domine au cercle et aux lancers |
| Stephen Curry | 63.6% | ~23 | Saison plus calme en volume, efficacité toujours d'élite |
| Victor Wembanyama | ~62.3% | ~25 | Profil unique : intérieur/extérieur, volume en hausse à 21 ans |
| Shai Gilgeous-Alexander | ~59.8% | ~31 | Charge offensive colossale, TS% au-dessus de la moyenne ligue |
(Sources : StatMuse, ESPN, Basketball Reference, données mises à jour en avril 2026. Les ~ indiquent des valeurs approximatives en cours de saison.)
Regardez Jokić. Un TS% de ~67.2% à 28 points par match. C'est aberrant. C'est le type d'efficacité que vous voyez en temps normal chez un pivot qui ne tire que sous le cercle, sauf que Jokić le fait en étant le premier ou deuxième scoreur de la ligue, avec des fadeaways, des floaters, des 3 points et une vision du jeu qui crée des tirs ouverts pour tout le monde autour de lui. Si un seul chiffre devait résumer pourquoi Jokić a gagné trois MVP, c'est celui-là.
À l'inverse, SGA à ~59.8% de TS%. C'est au-dessus de la moyenne de ligue (~57-58%), mais c'est bien moins que Jokić ou Giannis. Est-ce que ça veut dire que SGA est un scoreur moins efficace ? Ce n'est pas si simple. SGA porte une charge offensive énorme pour le Thunder, avec beaucoup de mid-range et de drives en isolation. Le niveau de difficulté de ses tirs est incomparable avec celui d'un Gobert. Le TS% ne pondère pas la difficulté, et c'est une de ses limites.
TS% et eFG% : lequel utiliser ?
Si vous ne devez retenir qu'une seule des deux, prenez le TS%. Il est plus complet puisqu'il intègre les lancers francs. Mais les deux ont leur utilité selon le contexte.
L'eFG% est plus pertinent quand vous voulez isoler la qualité du tir pur (sans l'effet des lancers francs). Un joueur avec un eFG% élevé est un bon tireur. Un joueur avec un TS% élevé mais un eFG% moyen est sans doute quelqu'un qui va beaucoup sur la ligne (Giannis, Jimmy Butler, en général).
Le TS% est le standard quand vous voulez mesurer l'efficacité globale au scoring. C'est la métrique que les front offices et les analystes utilisent en premier quand ils évaluent un scoreur. Quand vous lisez "untel est un scoreur efficace" dans un article analytique, c'est en général du TS% dont on parle.
Limites et pièges du TS%
Le volume n'est pas intégré. C'est le piège numéro un. Un joueur qui tire deux fois par match et met les deux a un TS% parfait, mais ça ne fait pas de lui un bon scoreur. Il faut toujours lire le TS% en parallèle du nombre de points ou de tentatives par match.
La difficulté des tirs n'est pas prise en compte. Un layup seul sous le cercle et un step-back à 3 points avec un défenseur dans les yeux comptent de la même manière. Les joueurs qui prennent des tirs difficiles (créateurs en isolation, scoreurs en clutch time) sont pénalisés par le TS% comparés à ceux qui finissent des actions créées par d'autres.
Les lancers francs peuvent gonfler le TS%. Un joueur qui provoque beaucoup de fautes peut avoir un TS% flatteur même avec un pourcentage au tir moyen. C'est pour ça que comparer TS% et eFG% ensemble est utile : si l'écart est grand, les lancers francs pèsent lourd dans l'efficacité du joueur.
L'ère change la comparaison. La moyenne de ligue en TS% a grimpé de façon régulière depuis 20 ans (environ 51-52% au début des années 2000, autour de 57-58% aujourd'hui). Un TS% de 55% en 2004 était au-dessus de la moyenne. Le même chiffre en 2026 est en dessous. Comparer des joueurs de différentes époques sans ajuster pour la moyenne de ligue, c'est comparer des pommes et des oranges.
Où consulter le TS% et l'eFG%
Les deux métriques sont disponibles sur la plupart des sites de stats NBA. Basketball Reference et NBA.com/stats les affichent dans l'onglet "Advanced" de chaque joueur. StatMuse vous permet de poser des questions en langage naturel ("Curry TS% this season"). Cleaning the Glass va plus loin en filtrant le garbage time, ce qui donne des chiffres encore plus précis pour les joueurs de rotation.
La suite : qui fait quoi dans une attaque NBA
Vous savez maintenant mesurer l'efficacité d'un scoreur. Mais le scoring n'est qu'une partie du jeu offensif. Comment savoir si un joueur est un vrai créateur ou juste un finisseur ? Quelle part de l'attaque repose sur ses épaules ? C'est ce que l'Usage Rate, l'Assist% et le Turnover% permettent de décrypter. On en parle dans le prochain article de la série.
Sources
Basketball Reference, NBA.com, StatMuse, ESPN, Cleaning the Glass
Oui, et Rudy Gobert en est le meilleur exemple. Son TS% de carrière à 67.3% est le plus élevé de l'histoire, mais personne ne le considère comme un scoreur d'élite. Son efficacité vient du fait qu'il ne prend que des tirs faciles sous le cercle. Le TS% mesure le ratio entrée/sortie, pas la capacité à créer des opportunités. Un joueur qui ne tire que quand c'est facile aura toujours un TS% élevé, mais il ne porte pas l'attaque.
Principalement à cause de la révolution du 3 points. Les équipes ont progressivement abandonné le mid-range (le tir le moins rentable en espérance de points) au profit de tirs au cercle et de tirs à 3 points. Comme ces deux zones sont les plus efficaces, la moyenne de ligue monte mécaniquement. Le spacing offensif s'améliore aussi : avec cinq joueurs capables de tirer de loin sur le terrain, les défenses s'écartent et les tirs au cercle deviennent plus faciles.
Les scoreurs d'isolation (SGA, Dončić, DeRozan) prennent des tirs plus difficiles que la moyenne, ce qui tire leur TS% vers le bas. Pour les évaluer correctement, il faut regarder leur TS% en fonction du niveau de difficulté de leurs tirs. Des sites comme Cleaning the Glass ou le tracking NBA.com permettent de voir la répartition des tirs par zone et le pourcentage par type de tentative. Un joueur d'isolation à 59% de TS% peut être plus impressionnant qu'un finisseur à 65%, parce qu'il crée ses propres tirs dans des situations où personne d'autre ne marquerait.
Pour aller plus loin
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