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D'où vient le projet NBA Europe?

L'idée d'une présence NBA en Europe n'est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, la ligue américaine organise des matchs de saison régulière sur le sol européen. En janvier 2026, les Memphis Grizzlies et le Orlando Magic ont joué à Berlin (Uber Arena) puis à Londres (The O2). Des rencontres sont prévues à Manchester et Paris en 2027, puis à Berlin et Paris en 2028.

Ces événements servaient en quelque sorte de test grandeur nature. L'engouement du public européen et les audiences télévisées ont convaincu la ligue qu'un marché existait. Le commissaire Adam Silver a déclaré lors du match de Berlin en janvier 2026 que créer une ligue en Europe représentait « un chantier considérable » mais que la NBA avançait « pas à pas, avec prudence ».

La FIBA, qui régit le basketball mondial, s'est associée au projet fin 2025. Les deux organisations ont annoncé en décembre 2025 qu'elles entameraient dès janvier 2026 des discussions concrètes avec les clubs et groupes de propriétaires européens intéressés. Le 25 mars 2026, lors du Board of Governors à New York, Mark Tatum (deputy commissioner) a présenté aux propriétaires des 30 franchises une mise à jour sur l'avancement du projet. Aucun vote n'a eu lieu sur la ligue européenne lors de cette réunion, mais la NBA a confirmé que les offres de première phase étaient attendues pour le 31 mars 2026 (source: Sportico, NBA.com). En parallèle, les Governors ont approuvé l'ouverture d'un processus d'expansion domestique pour Seattle et Las Vegas, avec des franchises valorisées entre 7 et 10 milliards de dollars chacune (source: ESPN, Yahoo Sports).

Comment la ligue serait-elle organisée?

Le modèle a évolué depuis les premières annonces. La NBA cible désormais 10 à 12 équipes pour la première saison (et non 16), structurées en deux catégories de participants.

12 franchises permanentes occuperaient des places fixes dans la ligue. Ces clubs seraient établis dans les grandes métropoles européennes et bénéficieraient d'une stabilité comparable à celle des franchises NBA aux États-Unis. Le terme « franchise » est choisi à dessein: la NBA Europe adopterait un modèle économique à l'américaine, avec partage des revenus entre équipes, salary cap (plafond salarial) et centralisation des droits médias.

4 places qualificatives seraient réservées à des clubs issus des compétitions FIBA. Ces équipes pourraient se qualifier en remportant la Basketball Champions League de la FIBA ou en dominant leur championnat domestique, suivi d'un tournoi entre champions nationaux. Ce système hybride cherche à concilier le modèle fermé nord-américain avec la tradition européenne de promotion sportive.

Le calendrier serait conçu pour coexister avec les championnats nationaux et les fenêtres internationales FIBA, permettant aux joueurs de représenter à la fois leur club NBA Europe et leur sélection nationale.

Quelles villes et quels clubs sont visés?

Les discussions ciblent plusieurs pays et métropoles. Voici les marchés prioritaires identifiés par la NBA et la FIBA:

  • Espagne: Madrid et Barcelone, avec le Real Madrid en tête des clubs pressentis. Le Barça figure aussi dans les discussions.
  • France: Paris et Lyon. À Paris, Qatar Sports Investments (propriétaire du PSG) se positionne pour porter une franchise.
  • Allemagne: Berlin et Munich. L'Alba Berlin et le Bayern Munich basketball sont des candidats naturels.
  • Royaume-Uni: Londres et Manchester. Le Public Investment Fund saoudien (propriétaire de Newcastle United) vise une franchise londonienne, peut-être la plus chère du lot.
  • Italie: Rome et Milan. Les propriétaires de l'AC Milan figurent parmi les groupes attendus pour déposer une offre. Les propriétaires de l'Inter Milan ont aussi confirmé leur intérêt (source: Eurohoops).
  • Turquie: Istanbul, avec le Fenerbahce comme club phare.
  • Grèce: Athènes, berceau historique du basket européen.

Plus de 100 investisseurs potentiels ont eu accès à la « data room » du projet (l'espace numérique contenant les documents financiers). Les offres de première phase ont été déposées le 31 mars 2026, avant la remise des offres fermes, close le 30 juin (voir le point d'étape d'août 2026 plus bas). George Aivazoglou, directeur général de NBA Europe, a précisé que la première saison serait un « semi-lancement », toutes les places n'étant pas attribuées dès le départ.

Quel rapport avec l'EuroLeague?

C'est la question qui cristallise les tensions. L'EuroLeague, compétition phare du basket européen depuis des décennies, voit dans la NBA Europe une concurrente directe. Plusieurs clubs majeurs de l'EuroLeague (Real Madrid en tête) pourraient quitter cette compétition pour rejoindre le projet NBA-FIBA, ce qui porterait un coup sévère à l'EuroLeague.

La NBA a tenté de rassurer en évoquant un partenariat, voire un échange de parts entre les deux ligues. Le CEO de l'EuroLeague, Chus Bueno, a multiplié les signaux positifs début 2026: il a confirmé des « discussions constructives avec des dirigeants de la NBA sur de futures opportunités de collaboration » et déclaré que « ce serait mieux pour les deux parties de collaborer » (source: Eurohoops). De son côté, Adam Silver a affirmé le 25 mars 2026 que « le meilleur résultat serait de s'associer avec l'EuroLeague » plutôt que de se retrouver en concurrence frontale (source: NBA.com). L'EuroLeague travaille en parallèle sur un plan stratégique à 3 ans avec une levée de fonds de 2,5 milliards d'euros pour moderniser ses infrastructures (source: Sportcal). Au printemps, les deux parties semblaient converger, mais aucun accord n'a été conclu depuis, et le ton s'est durci de part et d'autre (voir le point d'étape d'août 2026 plus bas).

Le risque d'un « schisme » dans le basket européen reste réel. Si les plus grands clubs migrent vers la ligue NBA-FIBA, l'EuroLeague perdrait son attractivité. À l'inverse, si les clubs hésitent à quitter un système qu'ils connaissent, le projet pourrait peiner à remplir toutes ses places permanentes.

Le modèle économique prévu

La NBA Europe emprunterait au modèle nord-américain plusieurs mécanismes financiers pensés pour garantir l'équilibre compétitif:

  • Droits de franchise: la NBA a fixé la valorisation attendue entre 500 millions et 1 milliard de dollars par franchise, et les offres fermes reçues en juin 2026 atteignent ou dépassent ces niveaux, Londres et Paris en tête (source: Sportico). Les propriétaires d'équipes resteraient minoritaires au capital de la ligue, la NBA gardant la main sur la gouvernance.
  • Partage des revenus: les clubs les plus riches redistribueraient une partie de leurs gains aux franchises de marchés plus modestes.
  • Salary cap: un plafond salarial limiterait les dépenses de chaque équipe pour éviter la domination des clubs les mieux financés.
  • Droits médias centralisés: au lieu de négociations individuelles, la ligue négocierait les droits TV et streaming de façon collective, puis redistribuerait les revenus.

Ce modèle diffère radicalement du fonctionnement actuel du basket européen, où les écarts de budget entre clubs sont colossaux. Le Real Madrid ou le Fenerbahce disposent de moyens sans commune mesure avec la plupart des équipes de l'EuroLeague. La NBA Europe voudrait gommer ces inégalités tout en attirant des investisseurs capables de miser gros.

L'expansion US en parallèle: Seattle et Las Vegas

Le projet NBA Europe ne vit pas en vase clos. Le même Board of Governors du 25 mars 2026 a validé l'ouverture du processus d'expansion domestique pour Seattle et Las Vegas (source: ESPN, NBA.com). Les deux projets avancent en parallèle, et les chiffres donnent le vertige.

ExpansionFranchisesCoût estiméDébut visé
États-UnisSeattle + Las Vegas7 à 10 milliards $ chacuneSaison 2028-29
Europe10 à 12 équipes500 millions à plus de 1 milliard $ par licenceAutomne 2027

Pour mettre ces chiffres en perspective: en 2004, la dernière franchise d'expansion (les Charlotte Bobcats) avait coûté environ 300 millions de dollars. Seattle ou Las Vegas pourraient se vendre à plus de 20 fois ce montant. L'ensemble de l'opération (US + Europe) pourrait rapporter plus de 20 milliards de dollars aux propriétaires actuels (source: Sportico). La NBA passe à 32 équipes sur le sol américain et lance une ligue en Europe dans la même fenêtre de temps.

Ce que ça changerait pour les fans de basket en Europe

Pour les supporters européens, la création de cette ligue aurait des conséquences concrètes. D'abord, l'accès à du basket de haut niveau dans des salles de grande capacité, avec une production télévisée aux standards NBA: caméras multiples, statistiques avancées en temps réel, shows à la mi-temps. Le spectacle serait pensé pour un public large, pas seulement les connaisseurs.

Le modèle de franchise implique aussi une relation différente entre les clubs et leur ville. Contrairement au système actuel où un club peut monter ou descendre de division, les franchises permanentes seraient ancrées dans leur marché. Pour les villes retenues, c'est une garantie de basket professionnel sur le long terme. Pour les autres, c'est une porte fermée (sauf via les 4 places qualificatives).

Les limites et zones d'ombre du projet

Malgré l'enthousiasme, plusieurs interrogations demeurent. Le calendrier d'octobre 2027 reste ambitieux compte tenu de la complexité des négociations avec les clubs, les fédérations nationales et les diffuseurs. Adam Silver lui-même a reconnu que ce serait un « semi-lancement » plutôt qu'une ouverture complète.

La cohabitation avec les championnats nationaux pose aussi question. En France, en Espagne ou en Allemagne, les ligues domestiques craignent de perdre leurs meilleurs clubs au profit d'une compétition supranationale. La FIBA tente de rassurer en intégrant un système de qualification qui valorise les performances en championnat, mais le risque de déshabiller les compétitions locales existe.

Le niveau de jeu proposé reste aussi une inconnue. Sans joueurs NBA (les contrats et le calendrier rendent un échange de joueurs quasi impossible), la ligue s'appuierait sur le vivier européen. Le niveau serait sans doute comparable à l'EuroLeague actuelle, ce qui soulève la question de la valeur ajoutée réelle pour le spectateur.

La gouvernance conjointe NBA-FIBA soulève d'autres questions. Qui aura le dernier mot en cas de désaccord? La NBA apporte son savoir-faire commercial et sa puissance financière, mais la FIBA représente les intérêts des fédérations nationales. Trouver l'équilibre entre ces deux visions du sport ne sera pas simple.

À retenir

  • La NBA Europe est un projet conjoint NBA-FIBA visant 10 à 12 équipes pour la première saison, avec un lancement prévu à l'automne 2027.
  • Les offres fermes reçues en juin 2026 atteignent au moins 500 millions de dollars par ville visée, plusieurs dossiers dépassant le milliard. La NBA garderait la main sur la gouvernance de la ligue (source: Sportico).
  • Le Board of Governors du 25 mars 2026 a validé l'expansion US (Seattle + Las Vegas, 7-10 milliards $ chacune, saison 2028-29) et reçu une mise à jour sur NBA Europe. Les offres fermes ont été closes le 30 juin 2026, pour une attribution des franchises attendue à l'automne.
  • Aucun accord n'a été conclu avec l'EuroLeague, qui prépare sa riposte (franchises de long terme, tickets d'entrée estimés entre 50 et 90 millions d'euros). Adam Silver répète que la NBA avancera avec ou sans elle.

Mise à jour du 31 mars 2026 : les offres sont déposées

C'est aujourd'hui que les premières offres de candidature ont dû être remises à la NBA. Cette étape marque un tournant : le projet sort de la phase de discussions informelles pour entrer dans un processus de sélection formel. Les groupes d'investissement intéressés ont eu jusqu'à ce jour pour soumettre leurs dossiers. Plus de 100 investisseurs potentiels avaient accès à la "data room" du projet. Parmi les groupes identifiés : Qatar Sports Investments (Paris), le Public Investment Fund saoudien (Londres), les propriétaires de l'AC Milan et de l'Inter Milan, ainsi que des clubs historiques comme le Real Madrid et le Fenerbahce.

Cette première phase a ouvert la voie à un second tour : la NBA a ensuite fixé au 30 juin 2026 la remise des offres fermes. Adam Silver a confirmé que les décisions finales sur l'expansion (aussi bien européenne qu'américaine) seraient annoncées d'ici fin 2026 (source: Hoops Rumors, Sportico).

Point d'étape d'août 2026 : offres closes, attribution à l'automne

Le 30 juin 2026, la NBA a refermé le guichet des candidatures. Bilan dressé par la presse économique du sport : plus de vingt groupes ont déposé une offre ferme, répartis sur les douze villes ciblées et sept pays. Sportico rapporte que chaque marché a reçu au moins un dossier à 500 millions de dollars, et que plusieurs enchères dépassent le milliard, Londres et Paris en tête. Au stade des marques d'intérêt non contraignantes, fin mars, plus de 120 investisseurs s'étaient déjà signalés (source: Bloomberg). Mark Tatum s'est dit très encouragé par les offres finales reçues (propos relayés par Eurohoops).

Adam Silver a confirmé le tempo en marge des Finales NBA, début juin : les franchises seront attribuées à l'automne 2026, pour un lancement sur la saison 2027-2028, et le patron de la ligue évoque un « intérêt record » (source: Yahoo Sports). Selon Bloomberg, les villes retenues seront annoncées au fil de l'eau, dès le début de l'automne. Côté identités, rien d'officiel, mais des noms reviennent avec insistance dans la presse européenne : Real Madrid, FC Barcelone, Paris Saint-Germain, Bayern Munich, Manchester City et Fenerbahçe, ainsi qu'un projet de franchise milanaise commune entre l'AC Milan et l'Inter (source: Goal). À prendre pour ce que c'est : des candidatures pressenties, pas des équipes actées. Signe que les villes candidates y croient : à Istanbul, une étude du cabinet The Sports Consultancy projette 2,2 milliards de dollars d'activité économique sur la période 2027-2036 si la ville décroche sa franchise (source: Türkiye Today).

Une mécanique financière à plus de 3 milliards de dollars

C'est le grand enseignement de l'été. D'après Il Sole 24 Ore et Sportico, la NBA compte mobiliser plus de 3 milliards de dollars pour lancer la machine : le produit de la vente des franchises sera placé au bilan de la nouvelle entité, afin d'absorber les pertes des premières saisons ainsi que les coûts de structure et de marketing. En clair, les propriétaires financent la ligue qui les protège. Eurohoops détaille la suite : plus de 80 % des revenus centraux (droits médias, sponsoring, merchandising) seraient reversés aux clubs, entre paiements garantis et bonus de performance, pour un total projeté au-delà de 1,5 milliard de dollars sur les six premières saisons. En échange, les propriétaires restent minoritaires au capital : on achète un siège à bord, pas le volant.

Le contraste avec le marché domestique a de quoi faire sourire : pendant que l'Europe s'arrache des licences à un milliard, l'expansion NBA à Seattle et Las Vegas attend toujours son feu vert définitif. Les trente propriétaires actuels ont trouvé plus simple de vendre du neuf sur un continent à conquérir que de partager leur gâteau national en trente-deux parts.

L'EuroLeague contre-attaque avec ses propres franchises

En face, personne n'a levé le drapeau blanc. L'EuroLeague a engagé sa propre mutation : ses clubs actionnaires doivent être convertis en détenteurs de franchises de long terme au cours de la saison 2026-2027, sans frais, tandis qu'un processus d'entrée s'est ouvert en juillet pour les autres, avec des tickets estimés entre 50 et 90 millions d'euros selon les marchés. Sportcal évoque des offres cumulées au-delà de 1,2 milliard d'euros et une expansion au-delà des 20 équipes actuelles ; la valorisation de la compétition elle-même est attendue au-dessus des 3 milliards d'euros (source: Eurohoops).

L'ambiance entre les deux camps ? En janvier, le patron de l'EuroLeague Paulius Motiejunas ironisait : « Nous sommes là depuis 26 ans. Nous savons comment l'Europe fonctionne » (propos tenus à ESPN). Depuis, trois clubs actionnaires, le Real Madrid, Fenerbahçe et l'ASVEL, ont laissé courir leur licence décennale sans la renouveler. Trois portes entrouvertes vers le camp d'en face, et pas n'importe lesquelles. Adam Silver, lui, répète que la NBA avancera avec ou sans accord avec l'EuroLeague.

Ce qui reste à régler d'ici octobre 2027

Le tableau reste incomplet sur quatre points. Aucun diffuseur n'a signé à ce jour, même si Silver assure recevoir « une quantité incroyable de demandes entrantes » pour distribuer les matchs (source: Yahoo Sports). Aucune ville n'est attribuée, et chaque semaine de retard rapproche l'échéance d'octobre 2027. Les salles forment le troisième chantier : une bonne partie des enceintes européennes reste loin des standards NBA, et les futurs propriétaires devront rénover ou construire. Reste une question de gouvernance savoureuse : la possibilité pour des joueurs NBA en activité, Luka Dončić en tête, de détenir des parts dans une franchise européenne, sujet encore en discussion avec le syndicat des joueurs (source: Yahoo Sports).

Le saviez-vous ? Les matchs de NBA Europe se joueraient selon les règles FIBA, en 40 minutes (quatre quart-temps de 10 minutes), et non au format NBA de 48 minutes. Un choix qui ancre la ligue dans la culture européenne du jeu.

Des offres fermes à ces niveaux, une architecture financière détaillée, un calendrier d'annonces : le projet ressemble de plus en plus à une ligue qui va exister, et de moins en moins à un serpent de mer. Le point de vigilance demeure : une compétition pensée comme un produit financier devra prouver qu'elle place le jeu avant le tableur. Les 500 millions par franchise n'achèteront ni l'ambiance d'Athènes ni la ferveur d'Istanbul. D'ici les premières affiches à Paris ou Madrid, le basket se vit balle en main : notre rayon de matériel de basket a de quoi occuper les quatorze mois qui viennent.

Sources : Sportico, NBA.com, ESPN, Eurohoops, The Washington Post, Yahoo Sports, Hoops Rumors, Bloomberg, Il Sole 24 Ore, Sportcal, Goal, Türkiye Today

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