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Il y a les polémiques d'arbitrage classiques, et il y a ce qui s'est passé cette semaine autour de Folarin Balogun. Pour la première fois de l'ère moderne, une suspension automatique consécutive à un carton rouge a été levée en pleine Coupe du monde, au bénéfice du pays organisateur, après un coup de téléphone du président des États-Unis au président de la FIFA. Reprenons calmement, car chaque détail compte.

L'affaire, résumée en cinq dates

Frise chronologique de l'affaire Balogun, du carton rouge du 1er juillet à la titularisation contre la Belgique le 6 juillet
  • 1er juillet : en seizième de finale contre la Bosnie-Herzégovine (victoire 2-0 des États-Unis), Balogun est expulsé pour une semelle retombée sur la cheville de Tarik Muharemović. Rouge direct, jugé sévère par la plupart des consultants arbitrage. Suspension automatique d'un match, réputée sans appel.
  • 1er ou 2 juillet : Donald Trump téléphone à Gianni Infantino pour demander un réexamen du carton, appel dont l'existence sera confirmée par le président américain lui-même.
  • 4-5 juillet : la commission de discipline de la FIFA annonce que l'exécution de la suspension est suspendue avec sursis probatoire d'un an, en invoquant l'article 27 de son code disciplinaire. Balogun redevient éligible. Une amende de 40 000 dollars est infligée au passage.
  • 5 juillet : la presse américaine révèle l'appel présidentiel. La fédération belge, adversaire des États-Unis en huitièmes, se dit « stupéfaite » et dépose un recours, rejeté le jour même. Trump savoure en ligne : « Merci à la FIFA d'avoir fait ce qui était juste et d'avoir réparé une grande injustice ! »
  • 6 juillet : l'UEFA publie un communiqué d'une dureté inédite envers la FIFA, et Balogun débute titulaire le huitième de finale contre la Belgique à Seattle, moins de cinq jours après son expulsion. Les États-Unis s'inclineront 1-4.

Un précédent vieux de 64 ans

Pour mesurer l'énormité de la décision, un chiffre suffit : le seul précédent connu d'un joueur expulsé autorisé à rejouer dans la même Coupe du monde s'appelle Garrincha, et il date de 1962, quand le Brésilien avait été autorisé à disputer la finale malgré son rouge en demi-finale. Le règlement moderne est limpide, et la fédération belge l'a rappelé mot pour mot : un carton rouge entraîne automatiquement une suspension. C'est précisément ce caractère automatique, pilier de l'égalité de traitement entre les 48 équipes, que la décision fait voler en éclats. Plusieurs joueurs de ce Mondial ont purgé leur match de suspension dans l'indifférence générale ; Balogun, lui, a rejoué.

« Une ligne rouge a été franchie »

Les réactions ont été à la mesure du précédent. L'UEFA, dans un communiqué au vitriol, a qualifié la décision de « sans précédent, incompréhensible et injustifiable », estimant que la FIFA avait « franchi une ligne rouge » et que « l'intégrité du jeu » était en cause. L'ancien président de la FIFA Sepp Blatter a résumé le malaise d'une phrase : « Les cartons rouges ne s'annulent pas par des coups de téléphone politiques. » Côté belge, la colère a débordé le cadre sportif : le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a jugé que si un coup de fil expliquait la décision, cela reviendrait à « bafouer les règles les plus élémentaires du football et du sport ».

En face, chacun assume. Trump, devant la presse : « J'ai demandé un réexamen parce que je ne pensais pas que c'était une faute. Ce n'était même pas une infraction. » Infantino, lui, s'abrite derrière une formule : « Les organes juridictionnels de la FIFA sont indépendants. » La fédération américaine s'est contentée de se dire « satisfaite » de l'éligibilité de son attaquant, pendant que le sélectionneur Mauricio Pochettino refusait poliment le terrain politique (« Non, on ne peut pas mélanger ça ») et que certains internationaux américains avouaient avoir d'abord cru à un canular généré par IA.

Ce qui est établi, ce qui reste à prouver

La rigueur impose de séparer les registres. Sont établis : le carton rouge, l'appel de Trump à Infantino (revendiqué publiquement par l'intéressé), la décision de la commission de discipline, le rejet du recours belge et la titularisation de Balogun. En revanche, le lien de causalité entre l'appel présidentiel et la décision disciplinaire n'est, lui, formellement établi par personne : la FIFA le conteste en revendiquant l'indépendance de ses organes, et aucun document ne prouve le contraire à ce jour. De même, le rôle prêté par la presse américaine à des membres de la task force Coupe du monde de la Maison-Blanche dans le montage juridique du dossier reste au stade du « rapporté ». La chronologie, elle, parle d'elle-même, et chacun en tirera ses conclusions.

Une chose est sûre : cette affaire dépasse le cas Balogun, attaquant par ailleurs excellent dans ce tournoi avec 3 des 10 buts américains. Le sort a d'ailleurs tranché avec ironie : malgré son retour sur la pelouse, les États-Unis ont été balayés 1-4 par une Belgique portée par un doublé de Charles De Ketelaere, et le débat institutionnel survivra donc au parcours du pays hôte. Surtout, l'affaire pose la question de l'exposition de la FIFA au pouvoir politique du pays hôte, à deux ans d'un Mondial 2030 éclaté entre six pays et à huit ans d'une édition 2034 déjà attribuée à l'Arabie saoudite. Si un carton rouge peut se négocier au téléphone, que restera-t-il du code disciplinaire ? Et l'histoire retiendra peut-être que le tournant institutionnel de ce Mondial ne s'est pas joué sur une pelouse, mais dans le Bureau ovale.

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