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Il y a des symboles que le calendrier n'invente pas : c'est un 14 juillet, à Arlington, que Didier Deschamps dirigera face à l'Espagne sa troisième demi-finale de Coupe du monde consécutive. Peut-être son avant-dernier match sur le banc de l'équipe de France : le sélectionneur a annoncé depuis longtemps qu'il rendrait les clés après ce Mondial 2026, au terme de quatorze ans de règne. Avant que la page ne se tourne, retour sur l'itinéraire d'un homme qui n'a jamais rien fait d'autre que gagner : capitaine champion du monde et d'Europe, entraîneur titré sur trois bancs différents, sélectionneur recordman. Un demi-siècle de football, resserré en une obsession : la victoire.

Frise chronologique de Didier Deschamps : Ligue des champions 1993 avec l'OM, champion du monde 1998, champion d'Europe 2000, nommé sélectionneur en 2012, champion du monde 2018, dernier tournoi en 2026

Le joueur : la gagne comme ADN

Croquis photographique en noir et blanc : un milieu récupérateur des années 90 vu de dos, brassard au bras, protégeant le ballon

Illustration : évocation du milieu récupérateur des années 90 (image générée).

Né le 15 octobre 1968 à Bayonne, milieu récupérateur au volume de jeu et au sens du commandement précoces, celui que le Pays basque surnomme « la Dèche » débute en première division avec Nantes en septembre 1985, à 16 ans. C'est à Marseille que sa légende de joueur s'écrit : deux titres de champion de France (1990, 1992) puis, le 26 mai 1993 à Munich, la première Ligue des champions de l'histoire d'un club français, soulevée face à l'AC Milan. À 24 ans, Deschamps est alors le plus jeune capitaine vainqueur de la compétition. La suite se joue à Turin : trois Scudetti et une nouvelle Ligue des champions en 1996 avec la Juventus, avant les derniers tours de piste à Chelsea (FA Cup 2000) et Valence. Au total : 103 sélections en équipe de France, et un brassard devenu une seconde peau.

Cantona, le « porteur d'eau » et la revanche parfaite

Le portrait serait incomplet sans la pique restée célèbre. À la Gazzetta dello Sport, Éric Cantona, dont Deschamps a hérité le brassard des Bleus début 1995, lâche : « Deschamps ? Ça va, parce qu'il donne 100 % de lui-même, mais il sera toujours un porteur d'eau. Des joueurs comme ça, on en trouve à tous les coins de rue. » L'histoire a tranché avec une ironie délicieuse : le « porteur d'eau » a fini par porter la Coupe du monde, le trophée Henri-Delaunay, puis toute une génération de Bleus. Et il en a fait une identité revendiquée : le joueur de l'ombre, celui qui gagne les ballons que d'autres transforment en highlights.

1998-2000 : le doublé des capitaines

Didier Deschamps présente un maillot des Bleus avec Jacques Chirac lors de la réception des champions du monde 1998 à l'Élysée, le trophée visible à droite

Les champions du monde reçus à l'Élysée, septembre 1998. Photo : service photographique de la Présidence de la République, domaine public (CC0), via Wikimedia Commons, retravaillée en noir et blanc.

Le 12 juillet 1998, au Stade de France, Deschamps devient le capitaine de la première équipe de France championne du monde, après le 3-0 infligé au Brésil. Deux ans plus tard, le 2 juillet 2000 à Rotterdam, il soulève le trophée d'une finale entrée dans la légende : menée 1-0 par l'Italie après le but de Delvecchio, la France arrache l'égalisation par Sylvain Wiltord à la 90e+4, à quelques secondes de l'abîme, avant que David Trezeguet ne foudroie Toldo d'une volée du gauche à la 103e. But en or, premier doublé Coupe du monde-Euro de l'histoire pour une même génération, et dernier match en bleu d'un capitaine qui sort par la plus haute des portes. Vingt-huit ans plus tard, presque jour pour jour, il court encore après une dernière soirée de ce calibre.

Silhouette en noir et blanc d'un attaquant en suspension frappant une volée de nuit sous les projecteurs, près du but

Illustration : l'instant du but en or de Rotterdam, 2 juillet 2000 (évocation générée).

L'entraîneur : Monaco, Turin, Marseille

Didier Deschamps en conférence de presse en survêtement de l'OM, lors du Trophée des champions 2011 à Tanger

Sur le banc de l'OM, Trophée des champions 2011 à Tanger. Photo : Mustapha Ennaimi, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons, recadrée et passée en noir et blanc.

Reconverti dès 2001, Deschamps construit banc après banc le même scénario : un club en difficulté, une remise en ordre, un trophée. Avec un AS Monaco au bord du gouffre financier, il gagne la Coupe de la Ligue 2003 puis conduit le club jusqu'à la finale de la Ligue des champions 2004, perdue contre le FC Porto de José Mourinho. À la Juventus, rétrogradée en Serie B par le scandale Calciopoli, il réussit la remontée immédiate en Serie A (2007). À Marseille enfin, il offre à l'OM le titre de champion de France 2010, le premier du club depuis 18 ans, assorti de trois Coupes de la Ligue consécutives.

2012 : des Bleus à reconstruire

Quand la FFF le nomme le 8 juillet 2012, l'équipe de France sort d'une décennie de crises. Il remplace Laurent Blanc, qui a quitté son poste dix jours plus tôt après le quart de finale de l'Euro perdu contre l'Espagne (0-2) : le chantier de reconstruction entamé après le fiasco de Knysna, au Mondial 2010, s'est achevé sur une phase finale minée par les ego. Deschamps hérite d'un groupe à réapprivoiser et d'une opinion publique méfiante. Son contrat initial ne porte que sur deux ans. Il restera quatorze ans.

Quatorze ans de règne, un palmarès inégalé

Les joueurs de l'équipe de France soulèvent la Coupe du monde 2018 sous les confettis dorés à Moscou

Moscou, 15 juillet 2018 : le deuxième sacre mondial des Bleus. Photo : service de presse de la Présidence russe, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

CompétitionRésultat
Euro 2016Finaliste
Coupe du monde 2018Champion du monde
Ligue des Nations 2021Vainqueur
Coupe du monde 2022Finaliste
Euro 2024Demi-finaliste
Coupe du monde 2026Demi-finale en cours

Le sacre de Moscou, en 2018, fait de lui le troisième homme champion du monde comme joueur puis comme sélectionneur, après Mário Zagallo et Franz Beckenbauer. S'y ajoutent des records à la pelle : la plus longue longévité d'un sélectionneur des Bleus, plus de 165 matchs sur le banc, 130 joueurs appelés en 70 listes, le plus jeune international français de l'histoire lancé (Warren Zaïre-Emery, à 17 ans et 255 jours). Et depuis la victoire contre la Suède fin juin, un record planétaire : sélectionneur le plus victorieux de l'histoire de la Coupe du monde, avec 17 succès, devant Helmut Schön et Luiz Felipe Scolari.

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Un départ annoncé depuis dix-huit mois

Didier Deschamps souriant en costume aux deux étoiles au bord de la pelouse pendant le Mondial 2026

Au Mondial 2026, lors de France-Sénégal le 16 juin. Photo : Bryan Berlin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons, recadrée.

La fin, c'est lui qui l'a fixée. Le 8 janvier 2025, au journal de 13 heures de TF1, Deschamps officialise ce que beaucoup pressentaient : « Ça sera 2026. Je suis là depuis 2012, je suis prévu jusqu'en 2026, la prochaine Coupe du monde. Ça s'arrêtera là, parce qu'il faut que ça s'arrête à un moment. » Et d'ajouter : « Il y a une vie après, je ne sais pas laquelle elle sera, mais elle sera très bien aussi. » Une décision présentée comme définitive, même en cas de victoire finale le 19 juillet. Ce Mondial américain est donc sa tournée d'adieu, et chaque match désormais une possible dernière.

Et après ? Personne ne sait, pas même lui

Sur la suite, une seule certitude, formulée par l'intéressé au printemps : « Je ne pars pas à la retraite ». Pour le reste, Deschamps entretient le flou, assurant en mars n'avoir « rien décidé » et disposer de « plusieurs possibilités ». Les rumeurs, elles, prospèrent : un grand club en quête d'un pompier de luxe, une sélection étrangère, un rôle de dirigeant ; des pistes vers l'Arabie saoudite ou l'Italie ont été évoquées dans la presse. Rien, absolument rien, n'est confirmé à ce jour : l'homme sera simplement libre, et très courtisé, dès la fin du tournoi.

Zidane, l'évidence qui n'a rien d'officiel

Reste la question de l'héritage. Le président de la FFF, Philippe Diallo, a verrouillé le sujet pendant le tournoi : la succession sera réglée après la Coupe du monde, pas avant. Mais dans tous les esprits, un nom écrase les autres : Zinédine Zidane, libre depuis son départ du Real Madrid en 2021, donné grandissime favori, au point que la presse le dit déjà en train de préparer son futur staff. Rien d'officiel là non plus. D'autres noms circulent, de Thierry Henry, l'actuel sélectionneur des Espoirs, à Bruno Genesio ou Hervé Renard. Henry lui-même a résumé le vertige général : « Deschamps va être très difficile à remplacer. »

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Mardi soir, un 14 juillet, le porteur d'eau de Bayonne se présentera donc au bord de la pelouse d'Arlington à deux matchs d'un dernier sacre, face à cette Espagne qui l'a privé de deux finales récentes. Quoi qu'il arrive d'ici au 19 juillet, l'essentiel est déjà écrit : dans l'histoire du football français, il y aura un avant et un après Didier Deschamps. Les grands hommes se reconnaissent à la taille du vide qu'ils laissent ; celui-là s'annonce immense.

Photo de couverture : composition réalisée à partir d'une photographie de Bryan Berlin (France-Sénégal, 16 juin 2026), CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

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