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Ils s'affichent désormais partout, des bandeaux télé aux débats d'après-match : les expected goals, ou xG, ont quitté le monde des analystes pour envahir le langage courant du football. Mais que mesure exactement cette statistique, d'où vient-elle, et surtout, que ne dit-elle pas ? Mode d'emploi honnête d'un outil aussi puissant que mal utilisé.

Le principe : noter la qualité d'une occasion

Le xG attribue à chaque tir une probabilité de but entre 0 et 1, calculée à partir de milliers de tirs comparables du passé. Un tir noté 0,05 xG (une frappe de 30 mètres) finit au fond environ une fois sur vingt ; une occasion à 0,7 xG (face-à-face à bout portant) est convertie sept fois sur dix. Additionnez les valeurs de tous les tirs d'une équipe sur un match, et vous obtenez son xG total : la quantité de buts qu'une attaque « normale » aurait dû inscrire avec ces occasions-là.

Les modèles modernes, comme celui d'Opta, entraîné par apprentissage automatique sur près d'un million de tirs, pèsent plus de vingt variables : distance et angle, partie du corps, position du gardien, densité de défenseurs, situation de jeu (action construite, contre-attaque, coup de pied arrêté), nature de la passe précédente. Le penalty, situation la plus standardisée du football, vaut ainsi 0,79 xG chez Opta. Petite subtilité qui a son importance : chaque fournisseur (Opta, StatsBomb, Understat...) a son propre modèle, et leurs valeurs ne sont pas directement comparables.

Échelle de valeurs xG : frappe lointaine 0,05, tir dans la surface 0,15, penalty 0,79, face-à-face à bout portant proche de 1

Une échelle, pas une boule de cristal

De la frappe lointaine au penalty à 0,79, le xG classe les occasions sur une échelle de probabilité. Il décrit la moyenne des tireurs, pas le pied du tireur du jour.

Croquis du paradoxe Leicester 2016 : champion d'Angleterre avec un différentiel xG de quatrième

Le paradoxe Leicester

Champion 2016 à la cote de 5 000 contre 1, Leicester n'était que 4e de Premier League au différentiel de xG, avec 36 buts encaissés pour 47 attendus. La sur-performance existe ; elle dure rarement.

Né dans un tableur, adopté par la télé

L'histoire officielle fait naître le xG moderne en avril 2012, sous la plume de Sam Green, analyste chez Opta, dans une étude sur les buteurs de Premier League. L'idée circulait dans les cercles académiques depuis les années 1990, et le hockey sur glace avait déjà sa version. Il faudra cinq ans de plus pour la consécration grand public : le 12 août 2017, le xG s'affiche pour la première fois dans Match of the Day sur la BBC. Depuis, il est devenu la lingua franca du recrutement : les cellules data des clubs s'en servent pour repérer les attaquants sous-cotés (beaucoup d'occasions, peu de buts : la malchance se corrige) et fuir les feux de paille.

Ce que le xG voit mieux que vos yeux

Sa grande force : séparer la qualité des occasions de leur conversion, deux choses que l'œil mélange. Exemple parlant de la saison 2022-23 : Alexis Sánchez et Rúben Neves ont tenté exactement le même nombre de tirs hors penaltys (63). Le Chilien a marqué 12 buts, le Portugais 3. Le xG révèle la vraie différence : 10,2 xG d'occasions pour Sánchez, 2,8 pour Neves. Même volume de tirs, mais pas du tout les mêmes tirs. Sur la durée, le xG prédit d'ailleurs mieux les résultats futurs que les buts eux-mêmes : une équipe qui crée beaucoup et encaisse peu d'occasions finit presque toujours par voir le score s'aligner.

Ce qu'il ne dit pas (et qu'on lui fait dire)

Les limites sont tout aussi réelles. Sur un match isolé, l'écart entre xG et score relève souvent du bruit : l'Atalanta a un jour tenté 47 tirs contre Empoli, pour environ 5 xG... et un 0-0, gardien adverse en état de grâce. Le xG standard ignore aussi qui tire : la frappe enroulée de Messi et celle d'un défenseur central valent pareil. Or les grands finisseurs battent le modèle durablement : Messi a marqué 33 buts de plus que son xG cumulé sur neuf saisons, quand la plupart des joueurs oscillent autour de zéro. Il ne capture pas non plus l'exécution du tir (pour cela, il existe le xGOT, calculé après la frappe) ni le contexte du score, une équipe menée qui bombarde en fin de match gonflant artificiellement son total. Et une même action avec rebonds peut cumuler plus de 1 xG, aboutissant à l'absurdité apparente d'« espérer » plus d'un but sur une seule séquence.

La bonne façon de lire le xG tient donc en trois règles : jamais sur un seul match, toujours en tendance sur cinq à dix rencontres ; comparer un joueur à son propre xG (sur-performe-t-il durablement ?) plutôt qu'à celui des autres ; et se souvenir qu'il mesure la création d'occasions, pas le talent. Le xG n'a pas tué le romantisme du football : Leicester a bien été champion, l'Atalanta a bien fait 0-0. Il permet juste de savoir, à froid, si le miracle a des chances de se reproduire.

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