Coupe du monde 2026 : les scandales et polémiques cachés derrière le spectacle
Affaire Balogun, Trump sifflé, visas refusés à l’Iran et à un arbitre somalien, France-Paraguay et la vague de plaintes arbitrales, billets à 33 000 dollars : le récap complet des controverses de la Coupe du monde 2026.


Sur la pelouse, ce Mondial 2026 restera celui des records : l'Espagne sacrée sans jamais trembler, Kylian Mbappé Soulier d'or, quatre buteurs à sept réalisations. En dehors, il aura aussi été l'un des plus contestés de l'histoire. « C'est l'une des Coupes du monde les plus controversées, on peut le dire sans se tromper », résume l'historien Alan McDougall, de l'université de Guelph, cité par Radio-Canada. Tour d'horizon de ce qui s'est joué loin des projecteurs.
La politique invitée dans le stade
Le premier Mondial organisé en partie aux États-Unis sous la présidence de Donald Trump a été qualifié par plusieurs observateurs de plus politisé de l'histoire. Deux épisodes ont cristallisé les critiques. D'abord l'affaire Folarin Balogun : l'attaquant américain, exclu, a vu sa suspension annulée par une commission de discipline présentée comme indépendante, après que Donald Trump a reconnu avoir demandé à Gianni Infantino de réexaminer la décision. Nous avions détaillé ce dossier dans notre article sur l'affaire Balogun : une intervention politique sur une décision sportive, du jamais-vu à ce niveau.
La finale a fourni le second acte. Selon franceinfo et France 24, Donald Trump est apparu sur la pelouse du MetLife Stadium sous les sifflets d'une partie du public, s'invitant sur la photo des champions espagnols lors d'une remise de trophée intervenue en marge du protocole habituel. Le geste, doublé des sifflets adressés à Infantino, a relancé le débat sur la proximité affichée entre le président américain et le patron de la FIFA, quelques mois après un prix de la paix décerné à Trump lors du tirage au sort.
Entrer aux États-Unis, un droit à géométrie variable
C'est la controverse la plus lourde de sens, parce qu'elle a touché à l'équité sportive avant même le coup d'envoi : selon sa nationalité, on n'entrait pas aux États-Unis de la même façon. L'Iran en a fait les frais de bout en bout. Dès le tirage au sort, que la fédération a boycotté, le ton était donné. Puis, selon franceinfo et Eurosport, une partie de l'encadrement iranien (dirigeants, conseillers techniques) s'est vu refuser ses visas : l'équipe a décollé de Turquie sans eux. Sur place, les joueurs ont d'abord été soumis à des allers-retours contraints, autorisés à entrer sur le territoire à la veille de leurs matchs seulement, et Washington a bloqué l'attribution de billets aux supporters iraniens pour leurs rencontres de poule. L'Iran a fini par saisir la FIFA.
Le cas le plus symbolique est peut-être celui d'un arbitre. Omar Abdulkadir Artan, qui devait devenir le premier Somalien à officier dans une phase finale de Coupe du monde, a été refoulé à sa descente d'avion sur le sol américain, alors que son visa était en règle selon les autorités somaliennes. La FIFA a acté dans la foulée qu'il ne participerait pas au tournoi, en rappelant que l'attribution des visas relève du pays hôte et qu'elle n'intervient pas dans ses procédures d'immigration. Arbitre au statut FIFA depuis 2018, élu meilleur arbitre africain de l'année en 2025, Artan a payé, lui, sa seule nationalité : la Somalie figurait parmi les pays visés par les restrictions de l'administration américaine. Plusieurs sélections africaines avaient d'ailleurs redouté des difficultés similaires en amont du tournoi.
L'arbitrage, feuilleton permanent du tournoi
Un match a concentré la colère française : le huitième de finale France-Paraguay. L'arbitre ouzbek Ilgiz Tantashev y a laissé filer une avalanche de fautes paraguayennes, 29 selon les relevés, dont 13 seulement sifflées et aucune sanctionnée d'un carton, tout en avertissant trois Français. La FIFA n'a pas prononcé de sanction officielle, mais Tantashev n'a plus arbitré le moindre match du tournoi. Nous avons décortiqué ses décisions dans notre analyse dédiée, pourquoi l'arbitre n'a pas sanctionné davantage.
Loin d'être isolé, ce match n'a été qu'un épisode d'un feuilleton. La VAR a été accusée, tout au long du tournoi, de dicter les résultats. Lors d'Équateur-Allemagne, la validation d'un but de Leroy Sané malgré un contact non sanctionné a été qualifiée par certains de « pire arbitrage de l'histoire ». Les plaintes officielles se sont accumulées : l'Algérie a saisi la FIFA après sa défaite 3-0 contre l'Argentine, la fédération égyptienne a dénoncé des « erreurs graves » et un « deux poids, deux mesures », la Suisse a contesté l'expulsion de Breel Embolo après recours à la vidéo, et la Norvège est sortie furieuse de son élimination contre l'Angleterre. Cette accumulation de décisions contestées, match après match, a nourri un climat de défiance envers l'arbitrage vidéo tout au long du tournoi.
La finale elle-même s'est terminée dans la confusion, avec l'expulsion d'Enzo Fernández côté argentin et des échauffourées au coup de sifflet final rapportées par franceinfo. Un Mondial nerveux, où le corps arbitral a souvent été le premier accusé.
Le portefeuille des supporters, grand perdant
C'est peut-être la polémique la plus concrète pour le public. Les prix des billets, fixés selon un système de tarification dynamique, ont atteint des sommets. Pour la finale, les tarifs officiels s'échelonnaient de 800 à 11 000 dollars, certaines places grimpant, selon la presse, jusqu'à près de 33 000 dollars. Suivre son équipe du premier match à la finale revenait au minimum à environ 6 900 dollars, soit près de cinq fois le coût de l'édition 2022 au Qatar.
La contestation a dépassé le stade des plaintes de comptoir. L'organisation Football Supporters Europe, associée à Euroconsumers, a saisi la Commission européenne pour abus de position dominante, dénonçant une tarification opaque et une « publicité-appât » : les billets à 60 dollars annoncés en phase de groupes se sont retrouvés introuvables avant même l'ouverture de la vente au grand public. À ces montants s'ajoutaient les vols transatlantiques et les trajets entre des villes hôtes parfois distantes de milliers de kilomètres, dans un tournoi étalé sur trois pays et quatre fuseaux horaires.
Le terrain, le climat et l'empreinte
Les conditions de jeu ont fourni leur lot de critiques. La chaleur estivale nord-américaine a imposé des pauses d'hydratation en cours de mi-temps, un aménagement que nous avions expliqué dans notre article sur les pauses fraîcheur et l'indice WBGT. Plusieurs rencontres ont aussi été interrompues de longues minutes, parfois plus de deux heures, à cause des orages qui balaient l'été américain.
Les pelouses, elles, ont fait grincer des dents avant même le coup d'envoi. Huit des seize stades vivent d'ordinaire au rythme de la NFL, sur du synthétique : la FIFA a fait pousser du gazon hybride en ferme pour le poser sur un lit de sable, une opération que nous avions racontée dans notre reportage sur les pelouses cultivées en ferme, et dont les joueurs ont pointé les rebonds capricieux. Enfin, l'empreinte carbone du tournoi, celle des déplacements de masse comme celle des vols privés de la présidence de la FIFA, a été jugée sans précédent par plusieurs experts.
Un sacre net, un tournoi trouble
Aucune de ces polémiques n'a entamé la légitimité sportive de l'Espagne, championne incontestable. Mais mises bout à bout, elles dessinent le portrait d'une Coupe du monde où le hors-terrain a souvent pris le pas sur le jeu : la politique dans les tribunes, l'entrée sur le territoire à géométrie variable, l'arbitrage sur le banc des accusés, les supporters priés de payer le prix fort. Rien de tout cela n'est pourtant une nouveauté pour un sport qui traîne une longue histoire d'affaires : pour prendre du recul, nous avons réuni les 5 plus grands scandales de corruption de l'histoire du football. Et pour le versant sportif de l'édition 2026, notre bilan complet du Mondial fait le reste du tour.
Sources : Radio-Canada (bilan des controverses, citation d'Alan McDougall, affaire Balogun, empreinte carbone), franceinfo, France 24 et Eurosport (séquences de la finale, restrictions de visas pour l'Iran et l'arbitre Omar Abdulkadir Artan, plaintes arbitrales), Foot Mercato et Goal (arbitrage de France-Paraguay et d'Équateur-Allemagne, plaintes de l'Algérie, de l'Égypte et de la Suisse), La Presse et Football Supporters Europe (prix des billets, plainte devant la Commission européenne). Faits rapportés par ces médias ; certaines procédures étaient en cours à la date de publication.
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